‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 176 sur 318 · Voy. plus haut, p · texte numérisé non relu

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qu'il éprouve, mais en vertu de la comparaison qu'il fait entre rintonation qu'il entend et celle qu'il conçoit. S'il exécute celte dernière, il fait reconnaître l'erreur même à celui qui Ta commise, et qui , quelquefois, s'en était déjà aperçu ; car souvent notre voix ne répond pas h la justesse de notre conception.

Le chant naturel de l'homme diffère du chant naturel de l'oiseau par le rhythme qui règle le premier et qui manque au second. Les suites d'intonations que Fhomme fait entendre sont périodiquement divisées par des accents ou des intervalles de silence, et subdivisées par des accents ou des silences moins marqués. Ces subdivisions produisent des suites symétriques de longues et de brèves *. Avant d'exécuter le rhythme par la voix, l'homme a dû le concevoir, et s'il ne l'a pas copié dans la nature, il l'a conçu par une conception originale ou idéale. On est allé jusqu'à dire que l'homme avait imité, dans le rhythme de son chant, le mouvement rhythmique du flot sur le rivage, le mouvement régulier de la respiration ou même le choc réglé du sang contre la veine. Nous répondons que prendre des modèles dans les phénomènes de la nature, et enlremélcr ces différents modèles pour varier les rhythmes du chant, est une œuvre compliquée qui demande du loisir et de la réflexion ; que les peuples barbares, qui ont peu de réflexion et de loisir, ont cependant des chants remarquables par la précision, la vivacité et la richesse du rhythme. L'invention du rhythme est donc un acte spontané. Si l'homme veut examiner comment il arrive à entremêler les rhythmes de son chant, il reconnaîtra qu'après avoir produit spontanément un certain rhythme, et l'avoir prolongé pendant quelque temps, il sent le besoin de le changer et de lui en substituer un autre qu'il conçoit non moins spontanément que le premier; qu'en conséquence , il ne copie pas en cela de modèle extérieur, mais obéit à son inspiration.

Les chants de l'homme se distinguent encore des chants de l'oiseau par l'accord ou l'harmonie que nous établissons entre plusieurs mélodies Quelque bien inspiré que soit un rossignol,

]. Voy. plus haut , p. 36.

il nlmagine jamais d'accorder son chant ayec celui d'un rossignol voisin. U exécute le sien sans écouter celui des autres. L'homme , lorsqu'il entend une intonation , en conçoit une autre qui s'accorde avec la première, absolument comme à la vue d'une couleur, il en conçoit une seconde qui s'assortit avec celle-là. Ce n'est pas dans ses réminiscences qu'il choisit les intonations qui peuvent s'accorder entre elles ; c'est dans sa conception idéale. Un pâtre grossier d'Italie, qui n'a jamais entendu que le bêlement de ses chèvres, conçoit non-seulement un chant qui ne ressemble en rien aux sons qu'il a pu entendre , mais , à propos du premier , il en conçoit un second qui peut se chanter avec l'autre, en doublant le plaisir de l'oreille qui les entend. Au contraire , tel habitant de nos villes qui passe sa vie au. milieu des concerts, est incapable d'inventer un chant nouveau et de trouver, en entendant une intonation, d'autres tons qui s'accordent avec le premier. L'imagination musicale n'est pas en proportion de la perception, ni même de la mémoire des intonations. Les musiciens les plus éruditSy ceux qui ont meublé leur mémoire des œuvres de tous les maîtres, ne sont pas ceux qui se font remarquer par la fécondité de leur invention.

Nous avons dit que rintelligence des signes naturels fait imaginer au peintre des couleurs appropriées au sentiment qu'il veut exprimer ; cette intelligence fait aussi concevoir au musicien des intonations et des harmonies particulières. Celui qui veut faire passer la joie dans Tàme de ses auditeurs, entend , dans son imagination , des mélodies , des rhythmes et des accords très-différents de ceux qu'il conçoit , lorsqu'il veut produire la tristesse. S'il est soutenu par un sentiment noble et élevé, il n'imagine pas de la même manière, que s'il est sous le joug de quelque passion égoïste et basse. Le caractère particulier du musicien se fait comprendre dans ses œuvres ; les airs et les chants nationaux expriment jusqu'à un certain point les sentiments et la tournure d'esprit des peuples qui les chantent.

Ainsi la production de la mélodie chez l'homme est le fruit naturel d'une conception idéale, et il en est de même de la pro-

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«ludion du rhythme et de rharmonie. Les pères peuvent transmettre aux enfants les chants des générations premières, mais, à toutes les époques, quelques hommes produisent des chants qulls n'ont pas entendus. Ils font comme les générations premières et comme les oiseaux chanteurs, qui conçoivent leur chant avant de Fexécuter, et qui le conçoivent sans modèle du dehors. Ënlin, indépendanunent du rhythme et de rhai-nionie qui distinguent l'imagination musicale de l'homme d'avec celle de Toiseau, la première a encore une modification de plus qu'elle doit à Tintelligence des signes naturels.

§ C. La conception a priori de l'articulation.

Parmi les objets qui sont perçus par l'oreille, ce n'est pas seulement l'intonation et le rhythme, c'est aussi l'articulation qui peut être l'objet d'une conception idéale. Chez les générations actuelles, la réminiscence suffit pour rendre compte du langage articulé. Nous parlons comme parlaient nos pères ou comme on parle dans le pays où nous sommes élevés. Nous subissons, dans ce dernier cas, le sort du jeune rossignol qui, détourné de son nid, imite le langage qu'il entend au lieu de parler le sien. Si Ton élevait plusieurs enfants ensemble au milieu du silence, il est extrêmement probable qu'ils produiraient spontanément des articulations et qu'ils arriveraient à s'en former un langage, comme a dû faire la première génération des hommes*. Avant de les produire, ils les concevraient, comme ils conçoivent ou se retracent mentalement les articulations qu'ils répètent. On ne dira pas ici que l'homme n'est que le copiste de la nature inanimée, car elle ne fait pas entendre de parole. On nç dira même pas sans doute que les premiers hommes produisirent des articulations en imitant quelques oiseaux qui ont la vertu de proférer des sons semblables à ceux de notre voix ; car ces oiseaux ne les profèrent pas d'eux-mêmes; ils reproduisent seulement les articulations humaines qu'ils entendent et ils les reproduisent

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