Voy. plus loin, sect. m, chap. ii
2. Les Loir, édit. H. E., t. Il, p. «60; édil. Tauch., L VI, p. 50 et suiv.
plus des moyens de communication entre les hommes, des instruments efficaces de persuasion, dans les occasions importantes; on ne les emploie plus à échauffer la multitude et à la pousser au combat, ou à calmer ses passions, et à lui faire résoudre la paix; ce ne sont plus que des objets d'amusement. Il n'y a plus de Tyrtée à la tête des armées , mais des chanteurs sur le théâtre. Le chaut languit, le vers est dédaigné, Tarticulation elle-même s'énerve : les syllabes sonores et pleines des peuples anciens s'affaiblissent dans des bouches qui s'ouvrent à peine ; la parole enfin se retire devant l'écriture, cette chose abstraite, silencieuse, presque imperceptible, plus propre aux sciences qu'aux beaux-arts. La forme des édifices s'approprie à l'utilité; elle ne présente plus que de grands murs percés d'autant d'ouvertures qu'il en faut pour laisser passer l'air et le jour. On blâme l'ornement d'un fronton au-dessus d'une fenêtre; on fait remarquer que pour soutenir l'architrave du Louvre , il était inutile d'accoupler les colonnes deux à deux. Dans toute l'étendue de T Amérique du Nord, de ce pays si habile aux arts de l'industrie, on ne trouverait pas un portique ou une colonnade. Le peuple américain commence à prendre rang dans les sciences : il ajoute des noms à la liste des savants, mais on ne citerait pas chez lui un seul statuaire, un seul peintre, un seul compositeur de musique. Nous cachons sous d'épais vêtements la forme . du corps humain si admirée des Grecs. Les couleurs tranchées et éclatantes, que tous les peuples primitifs étalent sur leurs habits et sur leur demeure, choqueraient pour ainsi dire nos regards. L'intérieur de nos temples est nu comme l'extérieur, et nos vêtements répondent par leur teinte sonabre et uniforme à la sévérité de noire esprit scientifique et à la sobriété de notre imagination. Il ne faut donc pas attribuer à l'expérience ou à la combinaison des données de l'observation la conception des œuvres de l'art , puisque les progrès de ces œuvres sont en raison inverse des progrès de l'expérience et de l'instruction. Les conceptions des beaux-arts sont spontanées , irréfléchies , et c'est pour cela que la beauté n'est pas démontrable. On ne peut la prouver à celui qui ne la recon-
naît pas. Quiconque raisonne pour admirer une mélodie, une figure, un paysage, tend à faire de l'œuvre de Fart une œuvre de science, et fait voir qu'il n'a point la conception spontanée de la beauté.
$ 7. Les conceptions mathématiques.
L'homme, avons-nous dit, ne prend pas' dans la nature le modèle de la figure régulière, et pour exécuter celle qu'il conçoit, il ne peut s'aider d'aucun objet naturel. La règle, l'équerre , le compas , le niveau , le fil à plomb sont des instruments de son invention ; pour les former il a dû concevoir d'abord l'idée de la figure régulière. Avec ces instruments artificiels, il contrôle les formes naturelles qui lui paraissent présenter quelque régularité, comme, par exemple, les formes des cristaux, les alvéoles de Tabeille, et il s'aperçoit que ni le cristal , ni Fœuvre de l'insecte ne présente la forme aussi pure que rintelligence humaine la conçoit. Bien plus , il ne peut lui-même exécuter la figure dans toute la rigueur de la conception géométrique. « Je ne suis pas assuré, dit Bossuet, d'avoir jamais aperçu aucun triangle équilatéral ou rectangle. Ni la règle ni le compas ne peuvent m'assurcr qu'une main humaine, si habile qu'elle soit, ail jamais fait une ligne exactement droite, ni des côtés, ni des angles parfaitement égaux les uns aux autres. Il ne faut qu'un microscope pour nous faire, non pas comprendre, mais voir à l'œil que les lignes que nous traçons n'ont rien de droit ni de continu, par conséquent, rien d'égal, à regarder les choses exactement. Nous n'avons donc jamais vu que des images imparfaites de triangles équilatéraux, ou rectangles, ou isocèles, ou oxygones, ou amblygones, ou scalènes, sans que rien nous puisse assurer ni qu'il y en ait de tels dans la nature, ni que l'art en puisse construire *. »
La forme, telle que nous l'exécutons, suffit aux beaux-arts par sa régularité apparente et par son expression, mais elle ne suffit