‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 18 sur 318 · I. Voy. même seclion, chap. m · texte numérisé non relu

I. Voy. même seclion, chap. m

34 LIVRB SIXIÈMC , SECTION PRBMIÊBB.

extérieur à rfttne , et nous allons énumérer les caractères que l'oreille y découvre. Le son a-t-il pour nous de l'étendue dans le sens de l'espace ? On l'a révoqué en doute : cependaiit nous savons distinguer si un son remplit toute une chambre , ou s'il se limite dans une partie de cet espace ; nous savons s'il nous vient de droite ou de gauche , d'en haut ou d'en bas , de devant ou de derrière, ou de plusieurs côtés à la fois. Nous le rapportons ainsi à une partie plus ou moins grande d'une sphère dont nous occupons le centre : il faut qu'il ait pour cela de l'étendue. Notre oreille apprécie quelquefois la place du son avec une justesse remarquable. On cite l'exemple d'un aveugle qui, en entendant la voix d'une personne, connaissait exactement la taille de cette personne, et d'un autre qui, en entendant frapper la cible, y adressait ses coups aussi bien que ceux qui la voyaient. On a remarqué cependant que les animaux souffrent du bruit de la trompette et du tambour sans en rapporter la cause à la personne qui emploie l'instrument *; mais le son de la trompette ou celui du tambour remplit instantanément un espace assez étendu et enveloppe de toutes parts ceux qui l'entendent à proximité. Il n'est pas étonnant que, dans ce cas, l'animal ne puisse reconnaître l'origine du son ; mais il reconnsdt très-bien d'où part la voix qui l'appelle ou qui le menace, parce qiie la voix se répand moins que le son des instruments dont on parlait toUt à l'heure, et peut se rapporter précisément à telle ou telle partie de l'espace.

Nous découvrons encore dans le son l'intonation, l'articulation et le timbre. L'intonation forme l'échelle musicale et divise les sons en tonique , médiante , dominante, etc. L'articulation est la modification que le son reçoit de l'appareil vocal de l'homme et de quelques oiseaux , et distribue les sOns en voyelles et consonnes. Le timbre est le caractère qui nous fait distinguer deux voix , lors même qu'elles font entendre , du même côté de l'espace, la même intonation et la même

1. Flourens, Résumé des observations de F, Cuvier, V édit., p. 76.

LBS PBRGBPTIONS OU LA PABMIÈkÈ PARTIB DBS COMNAISSANCBS. 35

articulatioii. Deujc sons simultanés qui viendraient du même côté et présenteraient la même intonation, la même articulation et le même timbre ne pourraient se distinguer Tun de l'autre ; ils ne formeraient pour nous qu'un seul son plus fort que chacun d'eux en particulier.

Nous pouTOtis entendre plusieurs sons à la fois ou successiyement, et acquérir des deux manières la notion de la pluralité des sons et des difTérents caractères que nous avons énumérés. Le son perceptible a une durée : le secours de la mémoire est donc nécessaire à la perception du son, comme à toute perception , car toute perception a une durée ; mais il n'en faut pas moiffs qu'il y ait une faculté distincte de la mémoire qui perçoive le son à mesure qu'il se produit, et qui fournisse pour ainsi dire les anneaux de la chaîne que la mémoire seule peut nouer.

Les éléments saisis par le toucher et la vue sont au nombre de deux : l'étendue et la forme ; les éléments saisis par l'ouïe sont au nombre de quatre : l'étendue dans le sens de l'espace, l'intonation, l'articulation et le timbre. Les physiciens ont observé les rapports des vibrations des corps sonores et du tympan avec l'intonation, et non avec l'articulation et le timbre. L'expérience amènera sans doute sur ces deux sujets des découvertes non moins curieuses.

Les éléments simples saisis par l'oreille se combinent entre eux et forment des phénomènes complexes. Les sons qui se suivent peuvent être séparés par des silences ou par des coups plus forts qu'on appelle accents. Si plusieurs sons ainsi séparés ont une durée égale, on dit qu'ils sont mesurés, et ils forment chacun une mesure : tels peuvent être les sons d'une cloche. Le son mesuré peut être subdivisé par des silences plus courts ou des accents plus faibles, et ces subdivisions sont plus ou moins longues. Une série de longues et de brèves, répétées plusieurs fois dans le même ordre, forme un rhythme, comme par exemple le dactyle et le spondée répétés à la fin de chaque vers hexamètre dans les langues grecque et latine. Une succession d'intonations soumises à un rhythme forme une mélodie. Plusieurs mélodies simultanées , si leur concours plaît à l'oreille,

composent une harmonie. Des phrases rhythmées constituent , la versiâcation antique ; des phrases mesurées avec le retour d'une articulation semblable , appelée rime , ou de plusieurs accents à des places coirespondantes, forment la versification moderne.

Le son n'a pas dans Fespace une étendue aussi bien déterminée que rétendue tangible et la couleur. Nous ne pouvons donc pas à l'aide du son retrouver la forme précise de l'objet comme à l'aide de la couleur , mais seulement , indiquer la place du corps sonore, ainsi que la grandeur et la forme générale de ce dernier, quand nous avons remarqué antérieurement quelques rapports entre tel son et telle grandeur ou forme tangible. Nous pouvons, par la même raison, sans voir une personne, la reconnaître à sa voix. Mais ces rapports ne se retrouvent pas toujours. Le son d'un corps placé à droite peut être réfléchi par une surface placée à gauche et nous arriver de ce côté; une personne peut imiter la voix d'une autre. Dans aucun de ces exemples Fouie ne sera trompée. Elle nous aura fidèlement fait connaître ce qu'elle devait et nous ne pourrons l'accuser de ce que tel son , qui existe réellement comme il a été perçu , nous ait fait conclure un rapport entre ce son et d'autres phénomènes qui l'accompagnent d'ordinaire et qui, cette fois , en ont été séparés.

§ 6. Perceptions de Todorat et du goût.

Nous n'avons plus à parler que des perceptions de l'odorat et du goût. L'odeur et la saveur sont jusqu'à présent des éléments simples et irréductibles, comme l'étendue tangible, la lumière et le son. Quelque rapport qu'on puisse découvrir entre la disposition et le mouvement des parties tangibles d'une part, et de l'autre l'odeur et la saveur, on n'expliquera pas pourquoi cette disposition et ce mouvement, au lieu de produire une perception tactile, produisent une perception d'odeur et de saveur. Nous montrerons que, quoi qu'on en ait

dit, rôdeur et la saveur ne sont, pas plus que le son, de simples modifications de l'âme K

L'odeur et la saveur ne sont pas entièrement dépourvues d'étendue dans le sens de l'espace : certaines odeurs et certaines saveurs n'affectent, pour ainsi dire, qu'un point de l'organe destiné à les faire percevoir; d'autres en affectent une plus grande partie , d'autres le couvrent tout entier. Quelques odeurs et quelques saveurs ont ce caractère particulier qu'elles nous disposent à nous faire un aliment du corps d'où elles émanent.

Nous pouvons remarquer certains rapports entre les odeurs ou les saveurs et les corpô tangibles qui les répandent, et, par conséquent, à l'aide de l'odorat et du goût, préjuger de la présence de tel ou tel corps tangible. Nous jugeons, à l'aide de l'odeur, que nous approchons d'un bosquet de jasmins, quoique nous ne le voyions pas encore ; mais si le jardinier, par un artifice assez ordinaire, a donné l'odeur du jasmin à des lilas, l'erreur que nous aurons commise ne pourra pas être imputée à l'odorat, mais à Tinduction.

Nos sens peuvent ne pas percevoir tout ce qui existe, mais ils ne peuvent pas à la place de ce qui existe mettre quelque chose qui n'existe pas; tout ce qu'ils perçoivent est donc réel, et sous ce rapport ils sont infaillibles.

S 7. Comparaison des sens sous le rapport de la vie matérielle, des relations

sociales, des sciences et des beaux-artF.

On peut comparer les sens entre eux, en considérant les services qu'ils nous rendent pour la vie matérielle , pour les relations sociales, pour les sciences et pour les beaux-arts. La vie matérielle est celle qui a pour effet l'entretien et le bien du corps. L'homme a besoin d'abord d'aliments. L'aliment est un corps tangible ; il faut le saisir, quelquefois l'arracher ou le broyer, et le porter à la bouche. Il faut , de plus, à l'homme une demeure et un vêtement, et pour cela il doit

Page 1