‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 19 sur 318 · Yoy. plus loin, m^me section, chap. m, S · texte numérisé non relu

Yoy. plus loin, m^me section, chap. m, S

38 UVBB SIXIÈME, SECTION PRKMUERS.

se rendre sous des abris naturels, ou former un toit et £»briquer des habits avec les matériaux que fournit la nature. Le toucher et la faculté motrice semblent donc, au premier coup d'œil, avoir le principal emploi dans la vie matérielle; mais si Ton réfléchit que l'odorat et le goût nous indiquent nos aliments et servent, pour ainsi dire, de sentinelles à Fappétit, qu'à défaut de ces deux sens nous pourrions ou périr de faim à côté des aliments que rien ne nous révélerait, ou introduire dans notre corps des matières nuisibles qu'aucune répugnance ne nous ferait rejeter, on reconnaîtra que la première place appartient à l'odorat et au goût dans la vie matérielle, et que le toucher et la faculté motrice n'occupent que la seconde. Par la coïncidence de la forme et des nuances de U| couleur avec la forme et la position des corps tangiblesy la vue étend la portée du toucher plus que l'ouïe ne peut le faire. Le petit nombre de rapports établis entre les sons et les corps tangibles, et le vague qui existe souvent dans la position des sons et dans leur étendue font que l'ouïe occupe le dernier rang quant aux services rendus à la vie matérielle.

Elle reprend de l'importance dans la vie sociale. La communication entre les hommes est plus complète, plus prompte, plus facile par la parole que par le geste. L'ouïe l'emporte donc ici sur la vue. Le sourd est plus isolé que l'aveugle, et l'on s'en aperçoit ordinairement à la tristesse du premier et à la bonne humeur de l'autre. On pourrait dire que l'ouïe ne nous met en rapport qu'avec des sons et la vue qu'avec des couleurs, que la sodété des hommes est une société de corps tangibles, et qu'en conséquence pour la vie sociale le toucher remporte sur l'ouïe et la vue ; mais supposez un homme sourd et aveugle, n'ayant pour communiquer avec les autres que le toucher : comme il ne peut toucher toujours, et que d'ailleurs le toucher est incapable de lui faire connaître la parole, et même le geste et la physionomie de ses semblables, il sera véritablement retranché de la société. Supposez, au contraire, un homme privé du toucher, mais interprétant, à l'aide de l'ouïe et de la vue , les intentions des esprits semblables au sien; il sera en communication siiiQii avec les corp^, (lu

moins areç les intelligences, et la société des hommes est surtout une société des âmes. L'ouïe, qui est le dernier sens dans la yie matérielle, est donc le premier dans la vie sociale; et, au contraire , l'odorat et le goût , qui tiennent le plus haut rang d'un côté, tombent de l'autre au plus bas. Le toucher et la vue sont au milieu, le premier étant plus utile à la vie soli«taire, la seconde au commerce social.

Pour les sciences , c'est le toucher qui obtient la primauté : les classifications les plus importantes des sciences naturelles reposent sur les qualités tangibles des corps, sur l'étendue, la résistance, la forme, la position et le nombre des parties solides. Les divisions fondées sur les couleurs, les sons, les odeurs et les saveurs ont peu d'importance et jouissent de peu de crédit. Dans la physique , l'explication des phénomènes tangibles occupe une place beaucoup plus considérable que celle des phénomènes saisis par la vue et Touïe. La physique ne s'occupe pas encore des phénomènes perçus par l'odorat et 1^ goût. Enfin, les sciences mathématiques elles-mêmes reposent sur des conceptions idéales dont l'occasion est fournie par l'étendue et la forme des corps solides.

Cette primauté que le toucher obtient dans les sciences, il la perd dans les beaux-arts. Là il retombe au dernier rang avec l'odorat et le goût. La première place appartient à la vue qui ne s'est encore présentée qu'en seconde ou en troisième Ugne. Nous ne voulons pas établir un parallèle frivole entre l'art musical et les arts du dessin , élever les seconds aux dépens du premier et décerner Une prééminence que chacun adjugera suivant son goût particulier. Nous ferons seulement observer que les arts qui s'adressent à la vue sont les plus nombreux. L'ouïe n'a dans son domaine que l'art musical ; la vue comprend dans le sien l'architecture, la statuaire et la peinture. Mais, dira-t-on, l'ouïe est nécessaire à l'exercice de l'éloquence et de la poésie. Cependant , les éléments principaux de l'art oratoire et de l'art poétique ne s'adressent pas à l'oreille. Celle-ci nous fait juger de la douceur des mots , de la mesure et de la cadence des phrases , de l'harmonie imitalive des sons et de cette autre harmonie expressive en vertu de laquelle cer- ,

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tains sons éveillent en nous certains sentiments S mais Touîe ne peut juger des inclinations du cœur, des raisonnements de rintelligence, des merveilles de la fiction, c'est-à-dire du fond de l'éloquence et de la poésie. L'une et l'autre font plus d'emprunt aux images que saisit la vue qu'aux sons perçus par l'oreille. Elles reproduisent avec une fidélité qui suffit à l'imagination, les sites de la nature, les traits de la figure humaine, les principales lignes des édifices , les beautés idéales des statues et les couleurs des plus éclatantes peintures. L'éloquence et la poésie ont donc moins d'obligation à l'ouïe qu'à la vue , et elles se rapprochent moins de la musique , que de l'architecture , de la statuaire et de la peinture.

Le toucher est de peu de secours pour nous faire apprécier la beauté dans les arts. Il est incapable de saisir l'ensemble d'une œuvre un peu étendue de la statuaire et surtout de l'architecture. Quant à l'odorat et au goût, rien de ce qu'ils nous font percevoir n'a reçu le nom de beauté ; il n'y a point de belles odeurs ni de belles saveurs, ils sont donc pour les beauxarts encore au-dessous du toucher*.

Nous avons vu chacun de nos sens occuper tour à tour la première place. L'odorat et le goût sont les sens de la vie matérielle et solitaire ; l'ouïe est le sens de la vie sociale ; le toucher est l'instrument le plus important de la science, et la vue est le principal juge de la beauté sensible.

S 8. Les lois de la perception des sens extérieurs*

Nous avons maintenant à présenter des observations communes à tous nos sens, à déterminer les conditions et les limites de leur exercice et à poser ainsi les lois de la perception des sens extérieurs.

l*" Toute perception est limitée sous le rapport de l'espace. L'étendue tangible et l'étendue résistante ne se font sentir , la plupart du temps , qu'à une partie de nos organes ; et lorsque

1. Voy. plus haut, 1. 1*% p. 257 et plus loin» sect. m, cbap, ii.

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