‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 184 sur 318 · LA CONXEPTION IDÉALE DE LA VERTU, OU LA RÈGLE DES MOEURS · texte numérisé non relu

LA CONXEPTION IDÉALE DE LA VERTU, OU LA RÈGLE DES MOEURS

S 1. LES TRAITS GÉNlÉRArX DE LA CONCEPTION DE LA VERTU, — § 2. L'IDÉC DU DEVOIR ET DU DROIT.— § 3. LE MÉRITE, LE DÊMI^RITE ET LEURS CONSÉQUENCES.— $ 4. L'ORDRE DE PRÉFÉRENCn Ql'ON DOIT ÊTARLIR ENTRE LES VERTUS.— § 5. COS- CILIA1I0N DE LA CONCEPTION MORALE ET DK lA LOI ÉCRITE. — $ C. CONCILIATIO!! DE LA CONCEPTION MORALE AVEC LE RESPECT DE LA VOLONTÉ DE DIEU. — § 7.DE LA VALEUR DE LA PAROLE POUR L ENSEIGNEMENT DE LA MORALE. — § 8. UNIVER- SALITÉ DES PRINCIPES DE LA MORALE. — j> 9. DES DISSENTIMENTS SUR LA COS- DCITE MORALE. — § H). LA DOUBLE ACCEPTION DU MOT DE COnSCietlCe,

§ l*^ Les traits gciKTaux de la conception de la vertu.

Il nous reste à traiter d'une dernière conception idéale, delà plus importante de toutes. VAW ressemble aux conceptions de l'artiste, en ce qu'elle peut aussi se réaliser au dehors, en ce qu'elle est un modcMi^ (|ue nous pouvons essayer d'imiter ; elle en diffère en ce qu'elle ne s'applique pas à des objets sensibles, mais à des actes spirituels, ou aux actes de l'àme. Nous voulons parler de la conception idéale de la vertu.

De môme qu'à propos d(»s choses physiques je conçois des modèles qui peuvent les coiriiier et les épurer, une coideur vraie d'après laquelle je condamne les couleurs fausses, une intonation juste n laquelle je compare les fausses intonations, un rhythme qui règle le chant , une forme qui redresse les figures irrégulières, de même à propos des actes humains, tels qu'ils échappent à nos passions, j'en conçois d'autres, purs, réguliers, irréprochables, sur lesquels je juge les i)remiers.

La passion m'a poussé îi rechercher les aliments avec avidité et à me laisser aller aux délices du corps : à cet aspect je conçois le type de l'homme sobre et tempérant, qui ne prend de ces plaisirs que ce qu'il en faut pour céder à la loi de la

ru smûRn ?A&Tis -m mnnn

Uli^re, cl t|ui s'am^ic .-iii momeni oi\ luiilruionl «n lut |

^iihlf; el la lioiilc, La passion peiil nie porter i me faire u

up ^andc part de^ b\ms de ce montli), h les retenir av<

;t d'attaché, h m'en séparer avec trop de douleur; maw J

|ûis inttSi'icurciDent le modèle de l'hotnirie quj, tout en x

^l ce qui lui appartient, l'abandonne sans d^scEpoir, si j

8 le lui mvil, ou le liyre avec joie pour le soulageuiBi

b|§S 8ei|ii)I>Lblcs. C'est en comparant h cette ligure in^rieun

Kl&^uUo de l'itomme qui s'encbaine trop lîtroilcinent à

H, <[ue je puis in(lig^er à sa conduite le reproche d'avari;

i âe cupiditi:. Si j'aperçois quelque part l'abfillenient dans |

llfaeiir, la pusillanimité dans le péril ; si j'entends les cris, g

i TOis les conlursions (lans Iq douleur physique, l^ (errcii^, J

^l^proche de la mort, j'oppose à ce spéciale dans ma peosi

Ssérénité d'Âme an sein de l'infortune, le calme d»ns le dani

r et au milieu des tortures, la résignation et la force au n

tt du trépn». A Ja ruse et au mensonge, j'oppose la concei

[pil de ta droiture et de la sincérité. Si le penchant m'cntrali)

& fier outre mc»nre en moi-même, h établir sur mes scn

g une impérieuse domination, h me désespérer de îeuâ

^1406», & triompher de leur infériorité, à recherpher la p

ie ju&quedans les choses de peu de valeur, je conditoi

ftCnsduiifiGQus le nom d'orgueil, d'ambition, d'en>icei4

\6, en concevant h rencontre le modùje d'un bounn" 1^

iï^^&fia de luirm^mc, qui tout en consorviint son i(i)torité, s'^

t pÈre, ini ses enfants, s'il est capitaine, sur ceux qu'il ilc^

mander, n'exerce sur tout autre que le pouyoii: de l'ii)!^

igencc et des mfpurs ; se réjouit des avantages que les bfln|ip^

aivoil remporter, souffre de i'humilialion qu'ils reescnt^tj

ilne recherche d'estime que celle qui s'attache & la eciçpfS g

I ta Tcrlu.

Une femme éprouve pour les objets àû son affection un a^ âiement qui va jusqu'4 l'adulelion et ^ !« I>asses80, qUJ. tl 6 par le malheur, s'aigrit jusqu'au dt^sespoir c| au bli)t^ «; à ce tableau, je conçois un amour qui laisse à c^ [| RJrae, sa dignité, sa piété et son coursgc- Enllu en pn&^ ! lie Ihomnie qui sutisl'ail ses passion» l^ar In cajop^nis* ^

312 LIVRE SIXIÈME, SECTION DEDXltVB.

le Tol et le meurtre, j'en conçois un auti*e qui respecte même les intérêts intellectuels, s'abstient de blesser Tamour-propre, (le porter la plus légère atteinte à la réputation, yeille sur sa langue comme sur ses mains, et qui , non content de ne pas nuire aux bommes, fait de nobles efforts pour les servir, se voue au soin des pauvres et des malades , rachète ou remplace les captifs, et pour le bien de l'humanité, affronte la misère, la faim et la mort même. Ainsi, pendant que la passion me pousse a certains actes, la conception idéale delà vertu me trace un autre plan de conduite, et je deviens digne d'éloges si j'y conforme mon action.

L'opposition entre les suggestions de la passion et celles de la conception idéale se trouve très-bien dépeinte dans ces vers de Racine :

Grand Dieu, quelle guerre crueUe!

Je trouve deux hommes en moi :

L'un veut que plein d'amour pour loi, Mon cœur le soil loujours fidèle; 1/aulrc à tes volontés rebelle Me révolte contre ta loi.

On dira peut-être que pour nous former un idéal de la vertu, nous n'avons pas besoin d'une conception particulière et originale, et qu'il nous suffit de choisir les meilleures actions dans la conduite des hommes. Mais ce serait encore reculer la question sans la résoudre, comme on l'a fait à propos des autres conceptions idéales. Comment saurons-nous reconnaître quelles sont les bonnes et les mauvaises actions, si nous n'avons pas un modèle auquel nous puissions comparer la conduite des hommes; et ceux qui auront accompli des actions louables, comment y auronl-ils été conduits, s'ils n'ont pas une conception intérieure qui les éclaire ?

Pour concevoir ce type de la vertu je n'ai pas besoin de le voir réaliser sur cette terre. Tout le monde sait que la vertu parfaite est aussi complètement idéale que le cercle parfait. Comme exemples de ces figures morales qui sont tracées en consultant moins Texpérience que le modèle intérieur ou la conception idéale, nous citerons la femme forte de rÉcriture,

l'image du philosophe d'après Platon ^ , le portrait de Cyrus dans Xénophon, celui de Dion par Rollin*.

Si nous recherchons les traits généraux de la vertu idéale, nous verrous qu'ils nous représentent un homme qui cherche librement h éclairer son intelligence, évite Texcés du plaisir et de la douleur, ne nuit à personne, rend à chacun ce qui lui est dû, et fait au delii du devoir le plus de bien qu1l lui est possible. Tel est Tidéai du la vertu. Il n'y a point de vertu sans une volonté libre. Celui qui lait le bien sîins le vouloir n'est pas vertueux : le soleil (|ui éc^hautre et qui éclaire, qui est le plus grand dispensateur \isible des biens de ce monde, ne nofis paraît pas avoir de vertu, parce quc^ nous ne lui supposons pas de liberté. La faculté inotiice qui réside en nous, quelque bien qu'elle lasse aAeuglémenl au dehors, ne peut accomplir par elle-niôme une action vertueuse. La liberté est donc le premier élément de la conception idéale de la vertu. L'inclination nous pousse d'abord h notre insu; ses actions sont alors innocentes, mais non pas vertueuses. L'inclination satisfaite produit le plaisir, et l'action qu'on a d'abord accomplie innocemment, on la recommence pour le plaisir qu'elle a causé ; l'action n'est plus alors innocente, elle n est pas encore un vice, mais elle est encore moins une vertu. La volonté qui fait partie de la vertu n'obéit ni à l'inclination ni au plaisir : le désintéressement est donc le second élément de la conception idéale de la vertu.

Cette volonté libre et désintéressée, en faisant c»flbrt pour éclairer l'esprit, pratique la sagesse ou la recherche de la vérité ; en évitant l'excès du plaisir et de la douleur, elle exerce la tempérance et le courage ; on ne nuisant h personne, elle réalise la partie négative de la justice ; en rendant à chacun ce qui lui est dû, elle accomplit la justice active et la piété. La justice active comprend les services que nous devons à nos proches, comme au père, h la mère, à Tenfant, à l'époux, au bienfaiteur, au frère, à l'ami, au concitoyen. La piété est le

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