Voy. plus haut, I. î", p
lontairement les actes de l'esprit et du cœur de préférence à ceux de Famour-propre et du corps.
Lorsque nos actions se conforment h la conception idéalC) elles sont bonnes ; si elles s'en écartent, elles sont mauvaises. Le bien moral est le nom qu*on donne, soit à la conformité de Taction avec Tidéal, soit à cet idéal lui-môme. Le mal mth rai se dit de Taclion qui s'écarte de l'idéal.
La culture de rintcUigence, les actes de la tempérance et du courage peuvent être accomplis même dans la vie solitaire, et fonnent ce qu'on appelle la morale individuelle. La piété envers Dieu fonde la morale religieuse; enfin, les actes delà piété filiale, de la justice et de la bienfaisance, composent la morale sociale,
^ 2. 1/idée du devoir et du droit .
La conception de la sagesse, de la tempérance, du courage et de la justice, appelle dans notre esprit l'idée d'une puissance qui nous contraindra à la pratique de ces vertus, ou qui en punira la violation. Ces vertus sont appelées pour cela des devoirs ou des obligations. La conception de la bienfaisance suscite seulement l'idée d'un pouvoir qui en récompensera l'accomplissement sans en punir la négligence; cette vertu est au-dessus du devoir.
La puissance «^ laquelle nous pensons, dans ce cas, est le chef de la famille, le chef de l'État, enfin le Maître de l'univers. Ceux des philosophes qui professent que la société et la famille elle-même ne sont pas naturelles et que la croyance en Dieu est le fruit d'un pic^jugé, ne veulent pas admettre que nous ayons une conception de la vertu qui nous fait penser à la puissance vcnger(?sse ou rémunératrice du chef de la famille, du chef de la société et de Dieu. Mais comme la famille et la société sont instituées par la nature , et que la croyance en Dieu résulte de plusieurs de nos facultés naturelles, rien n'empêche que le Créateur n'ait mis en harmonie ridée de la vertu avec celles de la famille , de la société et de Dieu, de telle sorte que la première nous rappelle les se-
condes, et robscrvation atlonlivc de Tcsprit humain découvre que ces conceptions s'enchaînent les unes aux autres.
Au mot de devoir correspond le mot de droit ; le devoir de la justice fonde un double droit : le droit de celui de nos semblables envers qui nous doons accomplir Taction et le droit de l'autorité qui nous y contraindra. J'ai le devoir de rendre le dépôt qui m'a été confié; le maître du dépôt a le droit de le redemander et le chef de la société a le droit de me forcer à le rendre. Le de\oir de la sagesse, de hi tempérance et du courage ne ctmslituc (|ue Tun de ces droits : je ne suis pas obligé envers un de inc^ semblables à ôlre éclairé, sobre et tempérant ; aucun d'eux n'a en pai'liculier de droit î\ ma t(»mpérance; mais les autorités naturelles, les chefs de la famille ou les chefs de l'État, ont le droit de m'y forcer. Il y a dans certains pajs des lois contre rinlempérance, dont personne ne conteste l'équité.
La charité dépasse lc<lc\oir, et ne constitue aucun genre de droit. Si une personne tombe dans les (lots, elle n'a pas le droit que je m'y jette pour la sauver, et l'État n'a pas le droit de m'y contraindre ; si je le fais, je fais plus et mieux que mon devoir.
La conception de la vertu est la refile de nos actions. Lorsqu'elle est écrite dans les codes, elle s'aj)pelle la loi écrite ou positive; et par opposition Ton appelle loi naturellehx conception morale, quand (»lle est renfermée dans Tesprit. La loi écrite ne peut contenir cpie ce qui est contenu dans la loi naturelle.
^ :). Le mérite, le démérite et leurs conséquoiices.
Le jugement par lequel nous prononçons qu'une action est conforme à la concc^ption de la vertu s'appelle l'approbation morale; la désapprobation morale est le jugement contraire.
L'acte qui me fait concevoir une puissance accordant le bonheur à l'agent est dit méritoire. L'acte qui me fait concevoir le contraire est dit déméritoire. Cette double conception
est appelée le jugement de inérite et de démérite. Le mérite n'appartient qu'à la bienfaisance, le démérite qu'à la yiolation du devoir. Celui qui ne fait que son devoir et ne s'élève jamais jusqu'à la bienfaisance n'a pas de mérite non plus que de démérite. Le degré de mérite et de démérite d'une action se mesure par Tcffort qu'elle nous coûte, et par le bien ouïe mal qu'on a voulu faire.
Le degré du mérite et du démérite détermine le degré de l'approbation et de la désapprobation intérieure, qu'on appelle aussi l'estime ou le mépris.
L'estime et le mépris exprimés en paroles deviennent le blâme et l'éloge ; manifestés par des signes , ils rendent ces signes lionoriiiques ou infamants, et forment ce qu'on nomme dans un sens actif l'honneur ou le déshonneur.
Le bonheur accordé d'après le jugement de mérite s'îçpelle la récompense ; le malheur infligé conformément au jugement de démérite s'appelle la peine, la punition, le châtiment.
La peine et la récompense sont la confirmation ou la sanction de la loi soit naturelle, soit écrite. U y a trois sortes de sanctions. 1° La sanction naturelle : c'est d'une part, le déplaisir que nous éprou> ons à la \ ne de notre démérite et qu'on appelle, suivantla gra>ilé, le repentir ou le remords; de l'autre , le plaisir que nous cause le spectacle de notre mérite et qu'on nomme, sui\anl le degré, la paix ou la joie de la conscience. Celte sanction comprend aussi les sentiments naturels que notre conduite excite ilans le cœur des hommes: l'amour, radmiration, la reconnaissance, Taversion, Tindignalion, le ressenlimeul. 2^' La sanction civile ou positive : ce sont les peines et les récomjïenses portées par la loi écrite, qui nous touchent dans notre honneur, dans nos biens et dans notre personne. 3° La sanction religieuse : ce sont les peines et les récompenses qui nous attendent dans l'autre vie. Le degré de la sanction dépend du degré de mérite et de démérite. Celui qui ne fait que son devoir et ne va pas jusqu'à la bienfaisance gratuite évite le repentir, jouit de la paix delà conscience, mais il n'en goûte pas la joie. U échappe aux chft-
fiments de la loi écrite, mais elle ne lui décerne pas la récompense, elle la réserve au dévouement. Enfin il ne tombe pas sous le coup des punitions d'une autre vie, mais il ne se fait point de titre aux récompenses : il compromet son salut.
§ 4. L'ordre de préférence qu'on doil établir entre les vertus.
La bienfaisance est plus méritoire que la justice; mais la justice est obligatoire, et elle doit être accomplie avant la bienfaisance. L'une et l'autre passent avant Tenipire de soi. Dans les actes de la bienfaisance et de la justice, si nous agissons envers un seul lionnne, nous (le>ons préférer celui qui nous touche de plus prés : notre enfant à notre ami, notre ami à notre concitojen, notre concitoyen à l'élranger. C'est en ce sens que Cicéron a dit : Le salut de la société sera assuré, si notre bienfaisance se proportionne im degré de proximité qui nous rapproche d'autrui '.
Si notre action peut s'étendre sur des sociétés tout entières, il faut au contraire i)référer la i)lus vaste et par conséquent celle qui nous touche de moins près : metire le genre humain avant la patrie, la patrie avant la cité, la cité a>ant la famille. C'est en ce sens que Fénelou a dit : Jaune Thinnanité plus que ma patrie, ma patrie i)lus cpie ma famille, ma famille plus que moi-mùme -.
Tels sont les objets de la conception morale. Ils se suivent et se soutiennent comme les anneaux de la même chaîne; ôtez le premier, tous les autres tond)cnt. Les peines et les récompenses confirment l'homieur et le déshonneur; ces derniers présupposent la louange et le blâme ; la louange et le blàmc s'appuient sur restinie et le mépris; restimc et le mépris, comme radmiration et la reconnaissance, l'indignation et le ressentiment, la joie de conscience et le remords, doivent avoir été précédés de l'appréciation du mérite et du dé-
1. Optme autcm societas hominum conjunclioque servabitur, si ut quiaque erit conjunctissimus, ita in eum benignitatis plurimum conferetur. De Ofticiis,\vf.\*% diap. \\\,