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322 LIVRE SlXliME, SECTION DEUXIÈME.
En même temps que le juge est obligé de suppléer au silence de la loi, on suppose que l'accusé la connaît sans la lire. H n'est pas reçu à dire qu'il ne l'a pas lue. Ntil n'est censé ignorer la loi : cela signifie, non pas qu'il est enjoint h tout le monde de la lire, mais que la loi positive n'est pas notre seule source d'instruction, ou, en d'autres termes, que la loi écrite, en ce qui concerne les délits et les crimes, n'est que la copie de la loi naturelle.
Mais, dira-t-on, s'il existe une loi naturelle, quel besoin avons -nous d'une loi écrite? Le même besoin que le géomètre a des figures tracées sur le tableau. « Elles aident, dit Platon, à penser aux figures idéales et à suivre le raisonnement géométrique ^ » De même, la lecture de la loi écrite soutient la pensée de la loi naturelle* Demander pourquoi il existe une légii^lation écrite, c'est demander pourquoi il existe des traités de géométrie. La conception des principes de la géométrie est une conception idéale et originale, comme nous l'avons fait voir'; mais ces principes sont susceptibles d'être combinés les uns avec les autres et conduits à des conséquences très-éloignées du point de départ. Les hommes qui ont le loisir de se livrer à ces spéculations, les écrivent pour les transmettre à leurs semblables. Leurs écrits, loin de nier les conceptions primitives, les confirment en s'appuyant sur elles. Il en est de même des traités de morale et de législation : le moralisle et le législateur combinent à loisir les principes du bien moral ; ils en font Tapplication à toutes les circonstances de la vie commune , et ils ofTrent à leurs semblables le résultat de leurs travaux. La transcription de la loi morale est encore plus nécessaire que celle de la géométrie. Les principes et les conséquences de celle-ci ne contrarient aucun intérêt; les applications de la loi morale gênent et blessent les passions. U faut qu'au milieu du trouble de l'esprit, un signe visible rappelle le souvenir de la loi. Le législateur travaille dans Iç silence des passions, loin du théâtre où elles s'agitent; il voit