De la République, liy. YI, chap. vu, viii, xyi, xyii
9. Lettres familières, liv. VI, vi.— • De la Divination, llv. Il, chap. itx et luiyant.
328 LIYHK SIXlÈMBy SECTION DBUXIÈMK.
Sans doute, l'idée de la vertu amène avec elle Tidée d'une puissance qui la prescrit, qui en punira la violation et en récompensera la pratique ; mais l'idée de la vertu est anté» rieure à celle de la loi, du législateur, du rémunérateur et du vengeur. Si la religion confirme la morale, c'est la morale qui introduit la religion, et lorsque les apôtres du christianisme viennent annoncer au monde la nouvelle de Jésus ressuscité et appuyer sur cet exemple l'espérance de la résurrection des morts S ils s'exhortent les uns les autres à garder la pureté des moeurs , pour donner à la bonne nouvelle qu'ils apportent l'autorité de leurs vertus'. Un de nos poètes a dit, en empruntant la démonstration la plus usitée par les premiers chrétiens :
Des dieux que nous servons connais la différence : ^
Les tiens t'ont commandé le meurtre et la vengeance, Et le mien, quand ton bras vient de m'assassiner, M'ordonne de te plaindre et de te pardonnera
Ce n'est pas la pureté de la religion qui autorise ici la morale, c'est la pureté de la morale qui autorise la religion.
Nous avons vu que Platon disait : si Esculape est fils d'un dieu , il ne convoite pas un gain sordide, ou, s'il le convoite, il n'est pas fils d'un dieu ^ , nous disons aujourd'hui : Dieu veut la justice, ou, s'il ne la veut pas, il n'est pas Dieu. Nous avons donc, d'une part, l'idée de la justice, et, de l'autre, l'idée de la volonté de Dieu.
L'idée du bien moral et l'idée de la volonté de Dieu sont deux idées distinctes. La conception morale est immédiate, intuitive, primitive ; nous n'allons pas de l'idée de la volonté de Dieu à celle du bien moral, mais de l'idée du bien moral à celle de la volonté de Dieu.
« La vertu, dit Crusius, est l'obéissance à la volonté de Dieu :