Àcteides apôtres, U, 22-36; xni
2. Saint Paul, Épître aux Romains, xii , 9-21 ; seconde Épitre aux Corinthiens, VI, 3-10.
3. Voltaire, Àlxire, acte V, scène dernière. 4 Voy. plus haut, p. 324.
!iEdsons ce que Dieu nous commande, et nous serons vertueux.» liais pourquoi ferons-nous ce que Dieu nous commande? Parce que, direz- vous, Tobéissance à Dieu est une vertu. Vous tournez dans un cercle, car vous définissez la vertu par Tobéissance à la volonté de Dieu, et Tobéissance à la volonté de Dieu par la vertu. Si vous concevez directement que l'obéissance à Dieu soit une vertu, vous concevrez de même que Faction de s'instruire, la tempérance, le courage, la justice, la bienfaisance sont des vertus, et qu'elles ne sont commandées de Dieu que parce qu'elles sont des vertus.
En dernier lieu, quand on avance que Dieu veut la vertu, on entend que Dieu pense la vertu et qu'il la prescrit, et qu'il la pense avant de la prescrire. Or la pensée delà vertu en Dieu est une pensée purement idéale ; car, en dehors de la pensée de Dieu, la vertu n'est rien. Ceci établi, comment pouvons-nous préjuger naturellement la pensée de Dieu sur la vertu, n'est-ce pas à l'aide de notre propre pensée sur le même sujet? Si la pensée de la vertu est idéale en Dieu, elle l'est donc aussi en nous-mêmes. La vertu parfaite est une conception purement idéale conmie le cercle parfait. On peut dire, sans doute, que la vertu est Tobéissance à la volonté de Dieu, puisque c'est Dieu qui nous donne l'idée de la vertu et qui nous prescrit de la suivre; mais il faut que nous ayons l'idée de la justice et de la charité avant de savoir qu'elles sont ordonnées de Dieu, et qu'il est lui-même souverainement juste et souverainement bon y de même que nous avons besoin de concevoir la géo-* métrie avant de savoir qu'il est l'éternel géomètre.
Lorsque nous n'avons, pour présumer la volonté de Dieu, que les lumières naturelles, nous sommes obligés de partir de l'idée de la vertu pour savoir quels sont les actes ordonnés de Dieu; mais, dit-on, nous évitons ce cercle vicieux, lorsque nous prenons la volonté de Dieu dans les textes sacrés. Alors nous n'avons pas besoin de conclure de la justice à la volonté de Dieu , mais de la volonté de Dieu nous concluons à la justice. Nous répondrons d'abord que substituer, au sujet de la morale, la révélation à la philosophie, c'est déclarer que la lumière naturelle nous manque et professer le scepticisme sur
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ce point. Pascal, pour essayer d'établir la foi sur les ruines de la raison, fut obligé d'embrasser un pyrrhonisme universel. Oti sait, par la préface de la première édition des Pensées, que les fragments réunis sous ce titre devaient faire partie d*un ouvrage où l'auteur aurait tenté de montrer que rentendement de rhomme ne produit que confusion et ténèbres, et que tout s'éclaircit et s'ordonne à la lumière de la révélation. Pascal y prenait donc plaisir à accabler la raison humaine sous lés preuves de sa prétendue faiblesse et sous ses apparentes cou-* tradictlons. Il y soutenait que la lumière naturelle est ineapa* ble de nous montrer notre devoir : « Ceux qui sont dans le dérèglement, écrivait-^ll , disent à ceux qui sont dans Tordre que ce sont ces derniers qui s'éloignent de la nature , et ils la croient suivre, comme ceux qui sont dans un vaisseau croieat que ceux qui sont au port fuient. Le langage est pareil de tons côtés. Il faut avoir un point fixe pour en juger. Le port juge ceux qui sont dans le vaisseau. Hais où prendrons^nous uti point dans la morale^ ?» Pascal n'espère trouver ce point que dans la volonté de Dieu, telle qu'elle est révélée par l'Écriture sainte. Mais premièrement, comme nous l'avons dit, pour ss^ voir que la volonté de Dieu est juste , il faut que nous ayons d'abord l'idée de la justice. Les mages de la Perse croyaient à un dieu du mal ; pour eux l'idée de la divinité n'était donc pas synonyme de l'idée de la justice. Secondement l'idée du bien et du mal moral apparaît chez les enfants, avant qu'on leur com^ munique la lumière de la révélation, et pour leur faire regarder comme juste un acte injuste, il ne suffirait pas de leur dire que Dieu le veut. Gela ne changerait pas l'idée qu'ils se font de la justice, mais ridée qu'ils se font de la nature de Dieu. Troisième^ ment, de même que la loi écrite suppose la loi non écrite et reu' voie le juge aux lumières de l'équité*, de même la loi sacrée a toujours supposé la loi naturelle. Elle n'a jamais prétendu la remplacer, mais la confirhier et sur quelques points seulement. Les Uvres sacrés des chrétiens établissent quatre révé-