‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 202 sur 318 · Pen8ée$, édiU Fé, i. H, p. 346, 347, 36S, 36S el d · texte numérisé non relu

Pen8ée$, édiU Fé, i. H, p. 346, 347, 36S, 36S el d

ter rÉcriture et y chercher un autre sens qui s'accorde avec cette vérité sensible, parce que la parole de Dieu étanf infoillible dai^ les faits mêmes, et le rapport des sens et de la raison, agissant dans leur étendue, étant certain aussi, il faut que ces deux vérités s'accordent ; et comme TÉcriture se peut interpréter en différentes manières, au lieu que le rapport des sens est unique, on doit en ces matières prendre pour la véritable interprétation de FÉcriture celle qui convient au rapport fidèle des sens. Il faut observer deux choses, selon saint Augustin, Tune, que FÉcriture a toujours un sens véritable, l'autre que comme elle peut recevoir plusieurs sens , quand on en trouve un que la raison convainc certainement de fausseté, il ne faut pas s'obstiner à dire que c'en soit le sens naturel, mais en chercher un autre qui s'accorde avec la raison ^ » L'autorité de rÉcriture est donc soumise ici à celle des sens et de la raison; et, en effet, si Dieu nous a ouvert plusieurs voies , il a voulu les diriger au même but et non à des buts opposés.

§ 7. De la valeur de la parole pour renseignement de la morale.

La parole n'étant que l'expression de la connaissance, elle doit nécessairement le céder à la connaissance qui saisit la vérité sans intermédiaire, et pour ainsi dire face à face. La parole peut servir seulement de confirmation aux connaissances primitives, que Dieu nous a donné la faculté d'acquérir par nous-mêmes. Bien loin que la parole puisse enseigner les vérités premières de la morale , elle n'a le pouvoir d'enseigner aucune vérité intuitive. En effet, elle n'est qu'une suite de sons et elle ne donne par elle-même que l'idée du son. Comment acquéronsnous la connaissance des choses matérielles? est-ce par la parole ou par l'exercice des facultés naturelles qu'on appelle les sens extérieurs ? La parole peut-elle donner l'idée de la couleur aux aveugles, celle de la saveur ou de l'odeur aux honunes qui n'ont point le goût ou l'odorat , celle de l'étendue tangible et résistante à ceux qui ne veulent ni toucher ni se mouvoir?

J. LeUres provinciales, édil. Paris, 1830, t. II, p. 190.

LES CONCEPTIONS OU Là SECONDE PARTIE DES CONNAISSANCES. 337

Quant aux objets que nous montrent la conscience et la mémoire , peuvent-ils se révéler par la parole ? Les mots à!unité, d'identité porteront-ils quelque idée à mon intelligence, si je n'ai pas la faculté de savoir par moi-même que je suis un et identique? Lorsque j'aurai fait sm* moi-même telle ou telle découverte, je pourrai croire que par tel ou tel mot mes semblables veulent exprimer une découverte du même genre qu'ils auront faite dans leur àme. J'irai de la chose au mot et non du mot à la chose , et le mot pourra seulement me confirmer dans la possession de la vérité , en m'apprenant que mes semblables la connaissent comme moi. Les objets de l'intuition pure extérieure nous fourniront les mêmes observations. Si je ne suis pas capable de percevoir par moi-même qu'il y a un espace infini, un temps absolu, une substance active, première et dernière, les mots qui expriment ces choses ne me feront connaître que les syllabes dont ils se composent. 11 en est ainsi des objets de la conception idéale qui nous occupe en ce moment. De même que si le jeune enfant ne se représente pas ce qu'il a connu autrefois, jamais il n'attachera de sens aux mots de réminiscence, de représentation mentale, par lesquels vous exprimez les peintures intérieures de votre esprit, de même, s'il ne conçoit pas spontanément une règle, un modèle de conduite qui contienne l'obéissance, la franchise, la probité, il ne comprendra pas qu'il est bien d'obéir, qu'il est mal de mentir, de dérober, etc. S'il n'a pour sources de connaissances que les sens^extérieurs et la parole d'autrui, bien, mal seront pour lui des mots qui n'exprimeront que les sensations physiques, ou des termes vides de sens qu'il ne répétera jamais, faute de les comprendre.

On a récemment introduit une doctrine toute nouvelle : c'est que les vérités qui ne sont pas de l'ordre sensible ne peuvent être connues qu'à l'aide du langage et de la parole; que le développement de l'idée est contemporain et même identique au développement de la parole; que si l'homme ne parle que parce qu'il pense, il ne pense que parce qu'il parle; qu'en même temps qu'il pense sa parole, il parle intérieurement sa pensée; que Dieu ne lui a fourni les n. 32

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idées des objets qui ne tombent point sous les sens» qu*en lui fournissant en même temps les mots qui expriment ces dvjets ^ Sans entrer pour le moment 'dans Texamen détaillé de cette doctrine, nous ferons remarquer qu'elle admet que Dieu procure à la fois le mot et l'idée ; de sorte que l'idée ne. ▼ient pas du mot, mais vient en même temps que lui de Dieu lui-même : ce n*est donc pas non plus, dans cette hypothèse, le mot qui crée ou révèle l'idée.

Pour montrer que Tidée n'est pas indissolublement liée à l'articulation qui l'exprime, nous citerons quelques passages d'une intéressante lettre, écrite par de pieux instituteurs , qui se dévouent à l'éducation des sourds -muets. « J'ai lu avec peine, dit M. du Puget, directeur de l'institution des sourds* muets d'Edgbaston , que M. l'abbé Montaigne , par un sèle pardonnable peut-être, a publié un ouvrage où il cherche i prouver que le sourd-muet , sans instruction , est privé du sentiment moral ; qu'il est incapable de distinguer le bien du mal, le juste de Tinjuste. L'histoire que je vais rapporter ne me laisse point douter que la thèse du savant abbé ne soit contraire aux lois de la nature... Un dimanche, tâchant d'expliquer aux élèves de mes deux premières classes quelques versets du troisième chapitre de l'évangile de saint Jean, j'avais beaucoup de peine à leur faire comprendre le dix-neuvième ainsi conçu : « La cause de la condamnation est que la lumière est venue dans le monde et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. »» Il nie vint à l'esprit d'appeler Georges Collier, qui n'était que depuis trois ou quatre jours parmi nous. Je fis de* vant lui des signes qui exprimaient des vertus et des vices, tels que l'obéissance, la désobéissance, etc. ; je remarquai que mon nouvel élève faisait invariablement des signes d'approbation pour les vertus et de désapprobation pour les vices, tellement que ses camarades, déjà instruits, étaient surpris de la justesse de ses réponses. Là-dessus je parus aussi surpris qu'eux-mêmes, et leur demandai s'ils lui avaient suggéré ses

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