De Bonaldi Traité de légUUuion primiHve
réponses : ils le nièrent. Je leur demandai de nouveau à quelle source il avait puisé cette connaissance, et ceux d'entre eux, dont l'intelligence était le plus développée, conclurent qu'il l'avait reçue de Dieu avec la vie... J'avais atteint mon but et je leur dis que c'était là la vi'aie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Il suffit, pour faire taire tant de préventions injustes, d'observer attentivement le sourd-muet : on verra qu'il est loin d'être étranger aux sentiments moraux ; il a la conscience du bien et du mal, il se cache des mauvaises actions et jouit do celles qui sont louables ; il a le sentiment de la véracité et rougit du mensonge ; il a celui de la justice : toute punition injuste Texcite à la révolte ; il sait qu'il est bien de secourir son semblable, qu'il est mal de lui nuire. À ces notions morales, le sourd-muet joint même quelquefois celle d'une puissance inconnue , dont il ne saurait se rendre compte, mais qu'il ne peut se refuser d'admettre. M. Reitter, autrefois directeur de l'institution des sourds-muets de Lintz, dit, dans son ouvrage envoyé au concours de Vienne en 1823, que beaucoup de sourds-muets ont, avant leur instruction, un sentiment très-vif du bien et du mal, et que ceux qui en sont privés doivent ce défaut à l'isolement dans lequel ils ont végété m$ sein de leur famille^. »
On dira que si la parole n'a pas révélé les notions morales aux sourds-muets, le geste a tenu, à leur égard, la place de la parole. Mais le geste ne peut porter une idée à l'intelligence du sourd-muet, que si ce dernier s'est déjà formé cette idée par un autre moyen que le geste. Le geste ne donne par luimême que la notion d'un corps en mouvement. Pour que nous y attachions une autre idée, il "faut que nous la prenions en notre âme et que nous croyions par interprétation qu'elle est aussi dans l'esprit de celui qui nous adresse le geste. Nous verrons plus loin que la faculté d'interprétation ne nous crée aucune idée nouvelle, mais nous fait seulement croire que nos semblables ont, dans tel moment, telle idée conforme à
1. Troisième circulaire de Vlnstitut royal des sourds^muets, septembre 1832, p. 48.
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celle que nous avons déjà observée dans notre âme^ La parole et le geste sont donc incapables de fournir d'autres connaissances primitives que celles d*un son ou d'un mouvement.
La moralité d'un enfant n'est pastoujours en raison de l'éducation qu'il a reçue. Souvent des parents légers ou coupables sont blâmés par de jeunes enfants, auxquels ils n'ont donné pourtant que de mauvais exemples ; et pour commettre une mauvaise action, ils se cachent de leurs fils, comme de juges incorruptibles, devant lesquels ils auraient à rougir.
Voulons-nous dire que tout enseignement soit inutile ; qu'il faille fermer les écoles et brûler les livres? Cette conclusion est bien loin de notre pensée. Nous faisons à l'enseignement et à la tradition la plus grande part dans la propagation des connaissances. Les vérités sont de deux ordres : elles sont inmiédiates ou médiates. Celles-ci sont tirées ou formées des premières par décomposition ou composition ; celles-là sont acquises directement. L'enseignement nous est nécessaire pour les unes comme pour les autres. Pour les vérités inunédiates , le maître nous place dans la condition où nous pouvons les acquérir de nous-mêmes. Le naturaliste nous introduit dans son cabinet; il nous montre les objets qu'il a rassemblés, et nous en donne le nom en même temps qu'il nous les montre. Le physicien nous fait assister à ses expériences ; le moraliste nous place en présence des événements où naissent les sentiments et les idées qu'il veut nous faire découvrir en nousmêmes, et il nomme ces sentiments et ces idées. Une fois que les noms sont imposés aux vérités immédiates, le maître n'a plus besoin de montrer les objets , il se contente d'employer les mots. En comparant et en distinguant les mots , il compare et distingue les idées ; c'est ainsi qu'il compose et décompose les connaissances de ses auditeurs , en apparence par le seul secours de la parole, mais au fond par le souvenir toujours présent des vérités primitives, qu'il les a mis en mesure d'acquérir d'eux-mêmes, au moyen de leurs facultés naturelles.