‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 224 sur 318 · Morale sociale^ p · texte numérisé non relu

Morale sociale^ p

2. Institutiones philosophicœ, ad usum collegiorum etseminariorum auctore J. B. Bouvier, episcopo Geaomanensi. Paris, 1841, t. lU, p. 244.

LIS aHfCIPTIONS OU LÀ SBCONDE PARTIE DBS œNNÀlSSANCES. 359

dans une époque barbare, ayant à régler la société des Spartiates, au moment où elle se défend contre ses voisins et où les ilotes sont encore mal soummis, reconnaît que tous les ressorts de TÉtat doivent être tendus vers la guerre. Il constitue son peuple comme une légion sur le champ de bataille ou dans une ville assiégée. Il se délivre des bouches inutiles et fait périr les enfants mal conformés. Celui qui se rend coupable de lâcheté dans le combat n'est pas admis dans la société des autres citoyens ; il occupe la dernière place dans les spectacles ; il est obligé de se lever devant de plus jeunes que lui. Les guerriers portent un vêtement rouge , dont la couleur dérobe la vue du sang qui coule des blessures; ils n'ont qu'un bouclier d'airain, qui ne se rouille pas et se nettoie facilement; ils laissent leurs cheveux longs et en désordre , pour se rendre plus efiroyables à Tennemi. Afin de mieux associer tous les citoyens à la défense de l'État, le législateur détruit la famille; il ne protège pas le mariage; il laisse l'adultère impuni; il fjGut asseoir les hommes à des tables publiques, pour qu'ils ne puissent enfreindre la tempérance ni se faire une vie à part. Il veut que les enfants ne connaissent pas d'autres parents que la patrie. Dès leur septième année, ils sont ravis à leur mère, élevés en commun, nourris d'un aliment grossier. On les voit vêtus du même habit en toute saison, marchant pieds nus , formés , par une rude discipUne , aux privations de la guerre. Les plus adroits et les plus braves d'entre les jeunes gens sont chargés de veiller, la nuit, à Texécution d'une loi qui , pour empêcher les complots des ilotes , leur défend , sous peine de mort , de sortir pendant les ténèbres S Les femmes sont fortifiées par les exercices du corps , et les hommes ne peuvent s'unir à elles qu'à trente ans, afin que ces mariages produisent des rejetons plus vigoureux ; les terres sont partagées par égales portions entre tous les citoyens. On peut se servir des esclaves, des chevaux, des chiens et des provisions d'autrui. Les citoyens ne peuvent exercer

1. Voy. un Mémoire sur la Cryptie, lu par M. Henri Vallon, à TAcadémie des inscriptions et belles-lettres.

ni le labourage , ni les arts mécaniques qui sont abandonnés aux esclaves; ils ne s'emploient qu'à la chasse et à la guerre. Le commerce n'est pas favorisé, parce qu'on y voit la source .des fortunes individuelles et des intérêts privés. Les échanges se font en nature ou par le moyen d'une monnaie de fer si lourde, qu'il faut un chariot pour transporter une faible somme. C'est une richesse qui ne peut commodément s'entasser ni former des trésors particuliers. Ceux entre les mains desquels on trouve de For et de l'argent sont punis d'une forte amende. La propriété n'est d'ailleurs pas plus encouragée que le mariage , et, de même que l'adultère est impuni, le vol des objets propres à la subsistance demeure sans châtiment, à condition qu'il ne soit pas exécuté par la violence, ce qui troublerait la paix entre les citoyens, mais par la ruse et l'adresse , qui sont considérées comme des préparations à l'art de la guerre ; celui qui se laisse surprendre reçoit la peine du fouets

Cette forme d'État convenait si bien à la fin que se proposait Lycurgue, c'est-à-dire à la guerre, que Platon l'a prise pour le modèle du régime des guerriers dans sa République^ et qu'elle a servi de règle à l'organisation de nos armées. On a reproché à Platon d'avoir établi dans son État la communauté des biens et la communauté des femmes. Nous avons déjà fait remarquer ailleurs que Platon ne défend qu'aux guerriers la propriété et le mariage*. Ces deux droits sont accordés dans sa République aux laboureurs et aux artisans. Les guerriers seuls ne doivent avoir ni biens en propre, ni famille particulière; ils sont nourris par les autres classes de l'État. Les seuls enfants des guerriers, destinés à devenir guerriers à leur tour , doivent ne connaître d'autres parents que la patrie. Comment n'a-t-on pas vu que l'organisation de nos armées était, à l'insu de ceux qui les ont formées, calquée sur celle des guerriers dans la République de Platon ? Nos soldats ne font point le commerce, ils ne cultivent pas les champs :

2. Xéuophon, le Goureniement des Lacédémoniens. 2. Voy. la Morale sociale^ p. 2i.

ils sont entretenus par les autres citoyens ; le mariage leur est défendu, ou rendu très-difficile. Il y a des enfants qui naissent dans les camps, et qui n'ont pas d'autre abri que le drapeau. Mais nos soldats , dira-t-on , ne restent qu'un temps sous les armes; après quelques années de vie commune, ils retournent dans la classe des autres citoyens. Sans contredit; mais tout le temps quMls font partie de Tarmée , ils vivent de la vie du Spartiate ou de celle des guerriers de Platon, et si Tarmée est permanente, comme celles d'Alexandre, de César et des empereurs, celles de Louis XIV et celles de Napoléon, il y a dans rÉtat une classe d'hommes qui n'ont ni commerce, ni industrie, ni terres à cultiver, ni famille particulière. Ne voit-on pas que c'est là aussi l'organisation de la milice de rËglise, soit du clergé qui vit dans le siècle, soit surtout de celui qui vit sous la règle, et que les fondateurs de ces établissements se sont proposé le même but que Lycurgue et que Platon, c'est-à-dire de former une société d'hommes qu'aucun intérêt privé ne détourne de Toeuvre commune, et qui ne connaisse d'autre père que le chef , et d'autre épouse que la communauté?

Hais la faute de Lycurgue a été de croire que la guerre était l'état permanent d'une société ; il ne pouvait prévoir que les peuples soumis s'accoutumeraient au joug et finiraient par s'associer et s'assimiler complètement au peuple vainqueur , lorsque celui-ci se relâcherait de ses privilèges. Lycurgue pensait qu'il avait fondé pour toujours une république guerrière, pauvre et sans ambition; mais, dit Xénophon, si c'était un crime autrefois à Sparte de posséder de l'or et de l'argent, aujourd'hui l'on s'en fait gloire; et ces Lacédémoniens qui jadis , peu soucieux de commander aux autres honunes, se contentaient de s'en rendre dignes , et à qui les autres peuples allaient sans défiance demander des généraux, cherchent maintenant à établir leur domination au dehors et sont odieux à toute la Grèce ^

En des temps meilleurs, Solon eut à régler le gouverne-

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