‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 230 sur 318 · Voy. plus loin, secl. m, chap. i" et liv. VU, chap. ii · texte numérisé non relu

Voy. plus loin, secl. m, chap. i" et liv. VU, chap. ii

ceux d'autrui ; il connaît les premiers par la conscience ; il devine les seconds par Tinduction et l'interprétation, dont nous parlerons bientôt, et l'une et l'autre peuvent conduire à Terreur ^ Le géomètre, dans ses opérations pratiques, doit se défendre contre Tinattention et les inductions erronées; le moraliste a une ennemie de plus à craindre : c'est la passion . Le premier n'a point d'intérêt à changer la hauteur de la montagne qu'il mesure, le second en a souvent beaucoup à dé* naturer les motifs qui ont guidé sa conduite ou celle d'autrui. L'opération pratique du géomètre ne blesse ordinairement personne, et personne ne réclame contre sa décision. Le jugement du moraliste condamne toujours quelqu'un, car s'il approuve ceux-ci, il désapprouve ceux-là, et il excite leur mécontentement et leurs réclamations. Il y aura donc, dans la pratique , un peu moins d'accord sur les jugements moraux que sur les opérations géométriques. Le juge de paix du village fera plus de mécontents que l'arpenteur , et peut-être même se trompera-t-il plus souvent, parce que les objets qu'il doit apprécier, c'est-à-dire les sentiments et les motifs de nos actions, sont plus difficiles à démêler et à bien connaître que les objets mesurés par le géomètre, et laissent plus de place aux inductions et interprétations erronées. Mais ces erreurs ne touchent en rien à la nature et à la certitude de la conception morale ; elles ne sont pour nous qu'un motif de redoubler d'attention et de désintéressement, lorsqu'au lieu de raisonner sur les pures conceptions idéales, nous avons à porter nos jugements sur notre conduite et sur celle de notre prochain.

$ 10. La double acception du mot de conscience.

II nous reste à expliquer poiurquoi la conception morale a été appelée conscience y nom qui sert déjà à désigner la connaissance de soi-même '. Nous avons vu , par ce qui précède , que les actes matériels ou extérieurs empruntent leur moralité de l'intention qui les dirige ; le meurtre d'un vieillard peut être

]. Voy. plus loin, sect. m, chap. i*' et ii, et liv. VII, cliap. ii. 2f Voy. plus haut, p. 120.

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un acte abominable ou une précaution salutaire ^ Or la faculté qui nous fait connaître nos intentions, c'est la conscience. Nous ne pouvons que conjecturer les intentions de notre pro* cbain ; jusqu'à quel point a^t-il connu son devoir? comment a-t-il apprécié les circonstances matérielles dans lesqueUes il devait a^r? quels motifs Font décidé? Lui seul peut juger toutes ces questions , parce que lui seul a la conscience des actes de son esprit. De plus, on goûte un vif plaisir intérieur lorsqu'on a réalisé , selon ses forces , l'idéal de la vertu , et si Ton n'y a pas conformé sa conduite , on ressent un vif dé^ plaisir. Cette satisfaction et ce repentir sont les sanctions de la loi naturelle; et si quelqu'un prétend avoir ignoré la loi, il entend en lui-même une voix qui le dément. Voilà pourquoi nous le renvoyons non -seulement à sa conception morale, mais encore à sa conscience; voilà comment la conscience fournit les principaux éléments du jugement que nous avons à porter, non sur les principes de la morale, mais sur l'application de ces principes , c'est-à-dire sur les actions de chaque jour et de chaque heure , et comment enfin le nom de la conscience a fini par effacer et remplacer celui de la conception morale. On distingue donc dans le langage deux sortes de consciences : Tune , par laquelle on désigne généralement la connaissance de tout ce qui se passe en nous ; l'autre , par laquelle on- entend précisément la conception du bien moral, la satisfaction et le repentir , et qu'on appelle la conscience morde pour la distinguer de la conscience générale.

L'idéal moral et l'idéal géométrique sont l'un et l'autre cfmçus de la même manière par tous les hommes : c'est ce qui explique l'accord unanime de nos jugements sur ces deux sujets, et l'universalité de la géométrie et de la morale. Il n'en est pas de même de l'idéal du coloris, de la forme et des sons. Chaque temps, chaque nation, chaque artiste a son coloris, son dessin et ses chants particuliers. Voilà pourquoi la peinture et la musique ne sont que des arts, tandis que la géométrie et la morale sont des sciences.

U Voy. plus haut» p> 353, 368»

On s'étonnera peut-être que nous ne donnions pas à la géométrie et à la morale d'autre fondement que l'universalité de la conception humaine , et que nous ne cherchions pas à ces sciences un point d'appui hors de l'homme. Nous remettons l'examen de cette question au temps où nous traiterons, d'une manière générale, des rapports de la connaissance et de la vérité, et où nous montrerons qu'entre la doctrine qui regarde toutes les vérités comme existant en dehors de l'esprit et celle qui les considère comme n'ayant d'existence que dans la pensée , il y a un milieu à prendre ; et qu'une conception interne, lorsqu'elle est universelle , peut servir de guide et de règle tout aussi bien qu'un objet extérieur à l'entendement ^

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