De cw, Imperium, cap. vi
3% /btd., cap. VI, g n.
autre règle de conduite que son intérêt , qu'il se hâte d'ac-» cepter le despotisme , car la tyrannie maintient la paix , et la paix vaut mieux que le désordre et la guerre. Hobbes s*est forgé un faux état de nature , et il en a déduit un faux état social. Il n'est pas vrai que, dans Fétat de nature, Thomme se reconnaisse le droit de faire tout ce qu'il peut. Il se conçoit naturellement des devoirs , et si Ton veut prendre pour Fétat le plus voisin de la nature celui des peuples barbares où il n'y a pas encore de loi écrite, on verra qu'ils reconnaissent comme des devoirs, le courage, l'hospitalité, Famitié, le respect envers les parents et les dieux *. Si Fhomme se conçoit des devoirs , il n'a pas besoin d'être phé sous le joug brutal de la force que ce philosophe lui impose. Le pouvoir civil doit seulement poursuivre les infractions de la loi morale, et non prévenir et enchaîner d'avance les actions, les paroles, les secrètes pensées. C'est ce qui a lieu dans les sociétés les plus florissantes. Le plan de Hobbes est la copie de la tyrannie de l'inquisition. Mais, dans les états les plus despotiques, Fhomme a encore un immense pouvoir pour faire le mal. Muni d'un fer et d'une torche, que de forfaits ne peut-il pas commettre avant d'être empêché, et cependant il ne les accomplit pas ; il obéit donc à un autre maître qu'à ce pouvoir physique, à ce monstre brutal appelé par Hobbes lui-même, dans son énergique langage, le Léviathan. Dans les sociétés les plus libres , le nombre des innocents est infiniment plus considérable que celui des criminels : il faut chercher la cause de ce bon ordre non-seulement dans les inclinations qui attachent les hommes les uns aux autres, mais encore dans cette conception morale qui combat les passions et donne la paix de la conscience.
Nous avons vu que cette conception a pour conséquence la distinction du devoir et du dévouement, celle du mérite et du démérite, l'estime et le mépris, la louange et le blâme, l'honneur et le déshonneur, les récompenses et les châtiments. Si l'on supprime la conception du bien moral , on en supprime toutes