Voy. plus haut, p
2. Sunt hic etiam sua prœmia laudi^ Virgile, Enéide, I, 461. Nihil hahet naiura prssstantitis quam honestatem , quam laudem , quam dignitatem,
quam decus. Cicéroo, De Officiis,
qui» en certains pays le punit de mort, il est un crimes » Ainsi, selon le philosophe anglais, ce n'est pas parce que nous saTons qu'une action est bonne ou mauvaise que nous attendons pour elle la récompense ou le châtiment , mais sachant qu'elle sera récompensée ou punie, nous croyons qu'elle est bonne ou mauvaise. En faisant le bien et en évitant le mal nous ne suivons que notre intérêt. La bonne action n'est pas pour nous le but mais le moyen. Locke retombe donc ici dans la doctrine de Hobbes. De plus, il prend les peines et les récompenses de la loi divine , de la loi civile et de l'opinion comme des faits premiers, comme des principes , il n'en recherche pas Torigine et il reproduit ainsi la théorie de Sabinus. Ce n'est pas parce que notre action est mauvaise que Dieu la punit, c'est parce qu*il la punit qu'elle est mauvaise. Locke ne s'informe pas de la valeur de la loi civile ; elle est quelquefois erronée et injuste, elle punit de mort celui qui ne veut pas abjurer sa religion , elle récompense le délateur, elle accorde trente deniers à Judas qui trahit son maître : peu importe; le philosophe anglais re^te sourd; la loi a prononcé , elle institue le délit ou le crime. Les rédacteurs du code pénal français ont malheureusement adopté en quelques points le langage de Locke. Le délit, disent-ils, est l'acte que la loi punit de telle peine ; le crime est l'acte qu'elle punit de telle autre '. Il aurait fall^ définir le délit et le crime par le mal qu'ils font l'un et l'autre, et l'on aurait par là fait comprendre pourquoi la loi les punit diversement. En les définissant par la peine, on a semblé dire que c'est la gravité du châtiment qui fiait la gravité de la mauvaise action. Locke ne recherche pas Forigine de l'opinion, et, pour mieux montrer que le bien moral et la récompense s'identifient l'un avec l'autre, il essaye (le faire croire que l'honneur se prend dans le même sens que la vertu. Mais on a lieu de s'étonner qu'un si grave philosophe se^oit mépris à une figure de rhétorique, par laquelle on emploie le nom du conséquent pour celui de l'antécédent, et
1. Locke. Etsai sur l'entendement humain, liv. Il, chap. xxviii. tu Code pénal. Article 1*'.
384 LIVRE SlXlÈltE, SECTION DEUXIÈME.
le nom de l'effet pour celui de la cause. Loi'sque le poète dit: « Le Pélion n'avait plus d'ombrages*, » il veut dire que le Pétion n'avait plus d'arbres , et il prend le nom de l'effet pour le nom de la cause, comme quand il dit Thonneur rendu à la vertu pour la vertu elle-même. La vertu n'est pas Thonneur qui lui est rendu , car c'est une maxime morale qu'il vaut mieux être que paraître. L'honnête homme est celui qui garderait son honnêteté, quand il serait dans la solitude ou quand il aurait Tanneau de Gygès, qui rend invisible à tous les yeux *. Cicéron, auquel Locke emprunte un exemple sur la prétendue confusion de l'honneur et de la vertu , a bien montré qu'il n'était pas dupe de cette figure quand il a dit: Thonnète est ce qui est louable , quand même il ne serait loué par personne •.
Il eût été digne d'un penseur aussi éminent que Locke de rechercher les causes de la diversité des coutumes et des opinions, les motifs de la louange et du blâme, de l'honneur et du déshonneur, plutôt que de triompher, comme il le fait, de la contradiction qui parait exister entre la loi divine , la loi de Topinion et la loi civile. Si Locke eût entrepris cette recherche , il aurait certainement découvert qu'il y a un fond commun sous la diversité apparente des maximes et des coutumes, et que, par exemple, pour le duel, ce qu'estime l'opinion dans ce combat, c'est le courage et le soin de notre dignité, et ce que condamnent la loi divine et la loi civile, c'est l'orgueil, l'amour de la vengeance, la violation de la paix publique et l'effusion du sang pour une offense souvent légère *.
Du reste, le philosophe anglais est bien loin d'avoir prouvé sa conclusion que l'idée de moralité dérive de la sensation et du sens intime. Comment sait-il, par exemple, que telle action est méprisée par l'opinion? Par quelle voie connalt-il le mépris? Par le sens intime, dira-t-il ; mais le mépris n'a pas son