Voyez la Morale sociale, p. 291 el suiv
principe en lui-même. Ce n*est pas mon mépris qui cause la culpabilité, c'est la culpabilité qui excite mon mépris. Locke Ta dit lui-même : « Les hommes se contrediraient s'ils jugeaient qu'une action est droite sans l'accompagner de leur estime, et qu'elle est le contraire sans y attacher leur mépris*. » Comment sais-je qu'une action est droite ? C'est en la comparant à ce type idéal de la conduite humaine que nous donne notre conception. Locke est encore plus infidèle à sa conclusion^ lorsqu'il avance que nous connaissons la loi divine par la révélation et par la nature. Il met ainsi à côté de la loi révélée, la loi naturelle, et si pour connaître la première il nous suffit de la sensation , comment connaissons-nous la seconde? Est-ce par la réflexion? Mais Locke ne range parmi les idées saisies par la réflexion, que l'idée de la volonté, du plaisir et de la peine, et des opérations qui composent et décomposent les produits de la sensation*, n oubhe d'y faire figurer la conception de la loi naturelle. U ne voit pas que l'idée de l'estime et du mépris, de l'honneur et du déshonneur, des peines et des récompenses, n'arrive qu'après l'idée du bien et du mal ; que le bien est ce qui se conforme au modèle idéal, que le mal est ce qui s'en écarte, que l'homme qui agit en vue de ce modèle est désintéressé et mérite la récompense , et que celui qui n'a pour but que d'être récompensé , n'a pas de désintéressement et doit être frustré de la récompense qu'il ambitionne.
Le système qui propose l'intérêt comme la seule règle de conduite a reçu sa dernière forme des mains de Bentham. Ce philosophe emprunte son point de départ à la doctrine de Locke. <« Le mal, dit-il, est une peine ou la cause d'une peine; le bien est un plaisir ou la cause d'un plaisir. Le bien moral est ce qui peut produire un bien physique ; le mal moral est ce qui peut produire un mal physique. La vertu est un bien à cause dés plaisirs qui en dérivent ; le vice est un mal à cause des peines qui en sont le fruit'. »
On reconnaît ici les expressions mêmes de Locke. Selon