‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 239 sur 318 · Traités de législaliony Paris, 1802, 1. 1«% p · texte numérisé non relu

Traités de législaliony Paris, 1802, 1. 1«% p

BenUiam, toutes les règles de conduite qui ont été donpées jusqu'ici n'ont fait que déguiser plus ou moins bien Tinlérêt ou Futilité qui est le principe de toute action humaine. Nos seuls motifs sont les peines et les plaisirs. Bentham classe ces motifs selon la tendance qu'ils ont à se concilier avec l'intérêt d'autrui ; et sur ce pied il reoonnait quatre genres de motifs ou quatre genres de peines et de plaisirs : l"" le motif social, ou les peines et les plaisirs de la bienveillance; 2"" les motifs demi-sociaux, ou Tamour de la réputation, l'amitié et la religion; 3"" les motifs antisociaux : l'antipathie et toutes ses branches; 4^" les motifs personnels : les plaisirs des sens, l'amour du pouvoir, la soif des richesses, le désir de sa propre conservation ^

Lorsque Bentham dit que le bien moral est ce qui peut produire un bien physique, il entend par bien i^ysique non un plaisir matériel , mais un plaisir naturel comme celui de la bienveillance. En nous accordant pour motif le plaisir de la bienveillance* il se sépare de Locke, qui n'avait nus au nombre des principes de nos actions que les peines et les récompenses de la loi divine, de la loi positive et de la loi de l'opinion ; mais il ne fait encore que nous proposer pour but notre intérêt. La recherche de notre propre plaisir ne peut être l'objet ni de l'obligation morale, ni de la contrainte physique, ni de l'estime, ni de l'éloge, ni de la récompense, et l'on sait que telles ^nt les conséquences de la pratique de la vraie morale, c està-dire d'une conduite désintéressée, et conforme à la conception du bien idéal.

Mous avons déjà opposé à la doctrine de l'intérêt l'objection qui résulte de l'usage de certains mots employés dans toutes les langues. Les partisans de cette doctrine se laissent aller à les employer dans le même sens que tout le monde, et parla ils se frappent à leur insu de contradiction. Entre mille exemples que nous en pourrions trouver dans les ouvrages de Bentham, nous choishons le suivant : « Un Anglais, dit-il^ ne

1. Traités de législation^ l. II, p. 264^ 2; Ibid., U I«, p. 45.

saurait venir en France sans observer combien le sentiment do Vhanneur et le mépris de l'argent descendent dans les rangs inférieurs du peuple, beaucoup plus en ce pays qu'en Angleterre. Cette différence est surtout remarquable enti*e les deux armées. Dans Farmée française, le sentiment de la gloire, l'orgueil du désintéressement, se retrouvent partout dans les simples soldats, et ils croiraient ternir une belle action en la mettant à prix. Un sabre d'honneur est pour eux la première des

récompenses^. »

Si nous considérons que, par la vertu, Thomme se procure

la joie de la conscience, l'estime et Taffection de ses sembla^ blés, l'avantage de leurs bons offices et l'espoir des récompenses à venir ; que ces biens sont soustraits au pouvoir d'autrui, que l'homme les tient toujours entre ses mains, ou qu'il peut à chaque instant en rouvrir la source, nous serons obligés d'accorder aux partisans de la doctrine de l'intérêt que la vertu est le chemin du bonheur. Mais tous ces biens doivent être l'effet et non la cause de la vertu. L'homme vertueux les rencontre, il ne les cherche pas; et loin de détruire l'existence de la conception pure et désintéressée du bien , ils la confirment et la démontrent puisqu'ils en sont le résultat. Socratc, dans l'antiquité, enseigna le premier cette relation du bonheur et de la vertu. Il disait que le beau et le bon sont une seule et même chose ; que la tempérance est une sagesse, parce qu'elle nous fait préférer l'utile à l'agréable ; que si elle parait contraire au plaisir, au fond elle lui est favorable par la privation même ; que le débauché se perd et perd les autres avec lui ; que l'intempérance nous ravit les vrais plaisirs qui sont d'apprendre le beau et le bon, d'augmenter la force et la santé du corps, de bien conduire notre maison, de servir nos amis et notre patrie et de soumettre nos ennemis ; que le courage consiste à savoir combien les plus grands maux apparents contiennent véritablement peu de mal; que la justice est à la fois belle et bonne, c'est-à-dire honnête et utile à tout le monde; et quand on lui objectait que beaucoup de gens savaient tout

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