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LES œNCEPTIONS OU LA SECONDE PARTIE DES CONNAISSANCES. 405
de soi , la justice et la bienfaisance , on peut ajouter que pratiquer ces vertus c'est obéir à Dieu, c'est respecter Tordre uniyersel. On les rend ainsi plus recommandables encore en les mettant sous le sceau de la piété ; mais se borner à dire qu'il faut respecter Tordre universel, ce n'est pas donner plus de lumière que si Ton avance qu'il faut remplir la volonté de Dieu, sans faire connaître en quoi consiste cette volonté. Troisièmement, la recommandation de laisser chaque chose aller à sa fin , et même de favoriser cette fin, est un précepte embarrassant. Conmient , d'après cette loi , prendrons-nous l'assurance de couper un arbre, de donner la mort à un oiseau? La fin de l'arbre et de l'oiseau est-elle de tomber sous le tranchant de notre fer ? Vous nous imposez le devoir de concourir en ce qui nous concerne à Tordre universel, d'aider pour ainsi dire à Tœuvre de Dieu. Eh quoil faut-il que pour agir j'attende d'avoir deviné le secret de cet ordre universel? Mais la destinée de cet arbre n'est-elle pas de se revêtir et de se dépouiller annuellement de ses feuilles et de ses fruits, jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu d'en corrompre la tige? La fin de Toiseau n'est-elle pas d'élever sa jeune famille, de voler et de chanter, jusqu'à ce que Dieu interrompe son vol et ses chants? Que vous allez me gêner par cette obligation de respecter Tordre universel et de favoriser la destinée de toute chose! Je ne connais pas cet ordre, j'ignore cette destinée. Suivez vos instincts, direz-vous, allez à votre fin en respectant celle des autres. Hais c'est justement cette fin des autres que j'ignore. Quant à mes instincts , si vous me dites que je ne dois pas les satisfaire jusqu'à l'excès du plaisir ou de la douleur, qu'il y en a que je dois préférer, soit en moi-même, soit en autrui, et si vous m'indiquez ceux qui doivent être Tobjet de celte préférence, vous aurez expressément reconunandé la tempérance , le courage , la culture de l'esprit , la piété , la justice , la bienfaisance, et vous serez sortis des termes généraux et vagues du respect de Tordre universel. On insiste et Ton dit que Thomme est porté par ses inclinations à la tempérance, à la piété , à la bienfaisance , etc. ; mais qu'il ne reconnaît ces vertus pour telles, que s'il aperçoit qu'elles sont d'accord avec
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Tordre universel. On ne se refuse pas à donner le détail des vertus ; seulement on veut indiquer le caractère conunun qui les fait des vertus. Nous ne pensons pas que rhomme, pour savoir qu'il fait mal de calomnier son semblable ait besoin de découvrir que la calomnie est contre Fordre universel. Dieu a mis la règle plus près de nous. En réfléchissant profondément sur l'ordre universel , on arriverait à découvrir que le mal est aussi contenu dans cet ordre, et le calonmiateur pourrait s'absoudre lui-même. Nous croyons donc que le précepte de respecter Tordre universel ne comprend que la résignation et la piété, c'est-à-dire une vertu passive, une contemplation presque inerte, mais qu'il ne peut ni porter à agir, ni surtout indiquer les actions que nous devons exécuter.
Si les maximes stoïciennes bornent la morale aux vertus solitaires ou individuelles , d'autres maximes veulent la renfermer dans les vertus sociales. Grotius , Hutcheson , et dans ces derniers temps, Bentham, ont pensé que toutes les yertus pouvaient se ramener à la bienveillance envers autrui ^ Nous avons montré que si Ton voulait parler d'une bienveillance involontaire , cette qualité ne pouvait fonder aucune vertu ; que Tidée de la vertu implique une action librement consentie et non fatalement entraînée par l'inclination. Si Ton entend par bienveillance la détermination libre de faire le bien, la bienveillance est certainement une vertu, mais elle n'est pas toutes les vertus. Hutcheson pense qu'on peut les réduire uniquement à Tamour des hommes et de Dieu, ou au précepte : Aime2 votre prochain comme vous-même et Dieu par-dessus toute chose. « Les quatre vertus cardinales , dit-il, la tempérance, le courage, la recherche de la vérité et la justice se ramènent à TafTection pour Dieu ou pour les honmies. La tempérance, par exemple, nous rend plus propres à la dévotion, au service de Thumanité ou à la recherche de la vérité. Nous estimons la pénétration du jugement, la sûreté de la mémoire, la promptitude de Tinvention... parce que nous les regardons conune utiles à Thumanité. Les vertus divisées se-