Philos, mor. inst, compend,, liv. 1, chap. v
2. PriesUey. Essai sur le Gouvernement^ 1768.— Bentbam. Projet de codification. i8î2.— Déontologie, Irad. franc., 1. 1", p. 343 et 378.
proportion du malheur des esclaves. Il faut donc, dit Bentham, nous proposer pour but, non pas le bonheur du plus grand nombre , mais le plus grand bonheur en considérant toute la masse des citoyens, c'est-à-dire le maximum du J3onheur^
Si la Providence ne nous avait pas donné d'autre lumière que celle-là, nous serions en de grandes ténèbres. Est-il possible que Dieu ait imposé à chacun de nous de résoudre une question aussi compliquée ? N'y a-t-il pas de règle plus simple? L'indigent qui se trouve à portée d'un bien qu'il peut saisir, a-t-il besoin, pour savoir qu'il ne doit pas le prendre, d'avoir calculé s'il procure ainsi à l'ensemble de la famille humaine la plus grande quantité possible de bonheur. Si le pauvre dérobe au riche une faible somme d'argent, le premier ne pourra-l-il pas considérer qu'il gagne beaucoup plus que ne perd le second , et qu'il procure ainsi le maximum du bonheur ? Le précepte de procurer le maximum du bonheur fait sans doute partie de la morale ; mais il n'est imposé qu'à ceux qui par leurs lumières et leur situation peuvent remplir ce devoir , c'est-à-dire au père dans la famille et aux chefs dans l'État ; enfin ce précepte ne comprend pas toute la morale, il ne fonde ni la morale individuelle, ni la morale religieuse.
Nous ne pouvons donc regarder comme l'expression complète de la conception morale, ni les maximes qui ne contiennent que la morale individuelle, ni celles qui ne renferment que la morale sociale. Le philosophe Kant, qui apaiiiculièrement porté son attention sur l'idée du devoir, a proposé une sorte de critérium à l'aide duquel chacun peut distinguer si l'action qu'il se propose de faire est bonne ou mauvaise. « Agis , dit-il , d'après une maxime qui puisse devenir une maxime générale pour tous les hommes*. » Examiner, au moment d'agir, si notre action pourrait être imposée à tous les hommes, érigée en loi et écrite dans les codes, c'est à coup sûr le moyen de juger impartialement de notre conduite. Reid avait déjà donné un conseil semblable , lorsque , pour