‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 254 sur 318 · Voy. t. !•% p · texte numérisé non relu

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412 LIVRE SIXIÈMX , SECTION DEUXIÈHE.

Si nous faisons le mal en déchaînant les passions de nos semblables , ce n'est pas que nous portions atteinte à leur liberté. La liberté de l'homme, la vraie liberté, celle qui constitue sa dignité et sa responsabilité , qui en fait une créature morale , celle qu'il faut distinguer de Tindépendance extérieure et de la raison qui est involontaire , cette Uberté n'est en prise ni à nous-mêmes, ni aux autres ; nous ne pouvons donc nous reconnaître aucuns devoirs envers elle. Quand on nous dit : Restez une liberté , on nous donne un conseil qu'il nous est impossible de ne pas suivre. Nous pouvons séparer notre âme de son corps, mais nous ne pouvons la séparer de sa liberté.

Mais supposons que nous ayons quelque pouvx)ir sur notre liberté, que nous puissions la conserver ou la perdre, la liberté peut-elle être pour nous un but moral ! Vous voulez que je sois libre ? Pourquoi ? pour être libre ? Mais je ne puis m'arrêter là; je sens que ma liberté ne doit être qu'un moyen et non une fin. Je concevrais que je dusse rester libre, pour obéir à la raison, à la conception morale, pour pratiquer la justice et surtout la bienfaisance; mais je ne comprends pas que je doive conserver ma liberté pour ma liberté elle-même. Ainsi la liberté ne peut être un but , et de plus elle n'est pas même un instrument sur lequel je puisse agir; je ne puis contribuer ni à sa conservation ni à sa perle. C'est cependant du devoir de ne pas violer cette liberté inviolable qu'on essaye de faire découler tous nos devoirs et tous nos droits.

Quant à l'indépendance extérieure, au pouvoir d'agir matériellement, pourrait-on établir sur ce fondement le système entier de la morale? Lorsqu'en vertu de notre liberté métaphysique nous produisons au dehors quelque action , nous aimons que celte action ne soit pas gênée , non pas que cette gêne porte atteinte à notre liberté métaphysique, mais parce que nous aimons la liberté physique, le pouvoir d'agir conformément à notre décision intérieure. Le goût de cette indépendance est un goût naturel * , mais ce n'est qu'une de nos inclinations, et il serait singulier de vouloir confondre toutes

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