‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 255 sur 318 · Voy. t. l'Sp · texte numérisé non relu

Voy. t. l'Sp

LES CONCEPTIONS OU LÀ SECONDE PARTIE DES CONNAISSANCES. 4i3

les autres dans celle-là. Si l'on nous prend notre dernier morceau de pain et qu'on nous expose à la mort, ce qu'on blesse en nous ce n'est pas l'amour de l'indépendance, c'est l'amour de la vie. Si vous brisez les statues, si vous déchirez les tableaux, si TOUS chassez les poètes, ce n'est pas la liberté des citoyens que vous froissez, c'est le goût du beau que vous opprimez. Une inclination du cœur m'attache à ma femme et à mes enfants; si vous me les ravissez, il est ridicule de dire que vous attentiez à mon indépendance. Ce n'est pas pour flatter ce goût que je me suis associé une compagne et que je me suis attaché à mes enfants : c'est en vertu de deux amours qui sont beaucoup plus avant dans le cœur de rhonune que celui de la liberté. Il n'est point de mère qui ne consente à passer sa vie dans la plus étroite prison, pour sauver les jours de son enfant. Les inclinations du cœur sont plus respectables que celles de Tamour-propre dont fait partie le goût de l'indépendance ; c'est en respectant les premières et en les servant avec zèle dans nos semblables qu'il faut conunencer à s'acquitter des devoirs de la justice et de la bienfaisance. Il est donc impossible de fonder la morale sur le respect de l'indépendance ou de la liberté physique. Ce devoir ne comprend pas même toute la justice négative , puisque celle-ci consiste à épargner toutes les inclinations légitimes et que Tamour de la Uberté physique n'est que l'une de ces inclinations; à plus forte raison ne peut-il pas comprendre la justice active qui nous oblige à certains services S la bienfaisance ou les services qui ne sont pas obligatoires, et enfin la tempérance, le courage et la piété, qui n'ont rien de commun avec le respect de la liberté matérielle.

On a proposé dans ces derniers temps une nouvelle maxime que l'on a crue capable de renfermer tous les devoirs : c'est le précepte de se perfectionner soi-même et de perfectionner les autres. Celui qui connaît tous les principes de la morale, peut les trouver résumés et comme renfermés dans la maxime précédente ; mais elle ne donnerait pas assez de lumière à qui

Page 1