‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 257 sur 318 · L'INDUCTION · texte numérisé non relu

L'INDUCTION

$ 1*'. CROYANCE A LA STABILITE DBS QCAUtÉS BT BBS PHÉNOMÈNES DE LA NA- TURE PBTSIQUE ET INTELLECTUELLE. FORMULE GÉNÉRALE DU JUGEMENT D'IN- DUCTION. ~ § 2. LES DIVERSES FORMES DU JUGEMENT D'iNDUCTION. — § 3. LE JUGEMENT PAR ANALOGIE ET LE DOUTE. — § 4. LE CALCUL DES PROBABILITÉS. — § 5. IMPORTANCE DU JUGEMENT PAR ANALOGIE DANS LES SCIENCES. — § 6. LE JUGEMENT PAR ANALOGIE PRINCIPE 1)B LA FICTION. — $ 7. LE DOUBLE SENS DU MOT INDUCTION. — $ 8. OPINIONS DES PRINCIPAUX PHILOSOPHES SUR L'INDUCTION.

S 1*'. Croyance à la stabilité des qualités et des phénomènes de la nature physique et intellectuelle. Formule générale du jugement d'induction.

Nous avons plusieurs fois marqué les caractères qui distinguent les connaissances, ou les perceptions et les conceptions d'avec les croyances*. Nous tious bornons ici à rappeler que la perception saisit une réalité indépendante de la pensée qui s*y applique, que l'Objet de la (conception n'a d'existence que dans Fititelligénce j et que l'objet de la croyance peut n'exister que dans la pensée, mais peut aussi avoir une existence extérieure.

Il y a trois sortes de croyances : P La croyance à la constance des qualités et des phénomènes de la nature physique et intellectuelle ou l'induction ; 2"* la croyance aux signes naturels ou l'interprétation ; 3« la croyance à la perfection de la cause néeessàire ou la foi naturelle; Nous traitons d'abord de l'induction, qui est la plus conllUe dé ces trois croyances.

Toute croyance part d'une perception actuelle et dépasse l'ob-)

i. Voy. plus haut, 1. 1*% p. 68; 1. 1\, p. % et BUiv. j M| 16S et 261.

jet de la perception. Les sens extérieurs et le sens intime me montrent les corps et mon âme , dans le temps présent , doués de telle ou telle qualité, ou manifestant tel ou tel phénomène ; mais l'induction me fait croire que ces qualités et ces phénomènes ont été les mêmes dans le temps qui a précédé, et seront les mêmes dans le temps qui suivra. Par exemple, les sens me font voir que les corps tombent : Tinduction me fait croire que les corps ont toujours tombé et qu'ils tomberont toujours. La conscience m'atteste qu'un acte d'attention éclaircit la perception : l'induction me porte à croire que la perception et l'attention ont toujours été et seront toujours dans le même rapport. Nous croyons donc à la constance des qualités et des phénomènes de la nature physique et intellectuelle pour tout le temps où elle existe, quoique nous ne saisissions par la perception et par nos propres souvenirs qu'un très-petit intervalle de la durée.

Ce n'est pas seulement dans le temps, c'est dans l'espace que rinduction agrandit pour qous le théâtre des événements. L'observation ne nous montre les phénomènes qu'en une certaine place : l'induction nous fait croire qu'ils se passent de même dans tous les lieux. Ce n'est pas l'induction qui nous donne l'idée du temps absolu, de l'espace pur, ni d'une substance active, éternelle et universelle : ces derniers objets sont connus par l'intuition pure extérieure ; l'induction ne saisit et n'affirme rien de nécessaire; elle s'applique aux qualités et aux phénomènes contingents, et elle fait croire que ces objets contingents ont été et seront en tout temps et en tout heu ce qu'ils sont en tel point du temps et de l'espace. Le jugement de l'induction peut se mettre sous cette formule : le contingent est toujours et partout semblable à lui-même, quoique le contraire ne soit pas impossible. En effet, cette constance n'est pas nécessaire, mais on y croit naturellement, sans qu'on en puisse donner la raison ; en d'autres termes , la croyance est ici le produit d'une faculté naturelle.

§ 2. Les diverses formes du jugemenl d'induction.

La forme la plus simple du jugement d'induction est la

suivante : cette qualité ou ce phénomène que je vois, a été et sera toujours et partout ce qu'il est : ce corps qui tombe a tombé et tombera partout et toujours. Voici une seconde forme du même jugement : non-seulement ce corps que je vois a tombé et tombera, mais tous les corps que je ne vois pas ont fait et feront de même. Dans ce second exemple, nous n'induisons pas de l'existence actuelle d'une chose à son existence passée et future, mais de cette chose aux choses semblables. Je laisse ici l'objet de mon expérience, pour passer à des objets sur lesquels elle ne s'est point exercée, mais j'agis toujours en vertu de ma croyance à la constance de la nature ; on peut appeler la première forme de l'induction : la croyance à la stabilité des phénomènes ^ et la seconde : ia croyance à leur généralité.

Pour bien comprendre cette dernière, il faut distinguer dans les objets les qualités patentes et les qualités secrètes. Celles-là se découvrent à première vue, telles que l'étendue , la figure, la solidité, la liquidité. C'est par elles que les objets nous paraissent d'abord semblables, et de cette ressemblance des qualités patentes, nous induisons la ressemblance des qualités cachées, c'est-à-dire de celles qui ne se montrent pas au premier abord, comme, par exemple, de la gravitation. La seconde forme de l'induction est le jugement le plus ordinaire dans la vie commune ; celui que nous faisons, quand nous prenons avec sécurité des aliments semblables à ceux qui nous ont nourris la veille , quand nous bâtissons nos maisons avec les mêmes pierres , et que nous préparons d'avance des vêtements semblables à ceux qui nous ont servi dans les différentes saisons.

La croyance à la généralité des phénomènes naturels est aussi le fondement de notre croyance au témoignage des hommes^ lorsque nous ne sommes pas entraînés par une crédulité naturelle^ Notre expérience personnelle nous a appris que si aucun intérêt ne nous pousse à déguiser la vérité, nous aimons naturellement à la dire'. Nous avons cependant ren-

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