Voy. plus haut, sect. n, chap. i**, S 2 et a
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la terre soit battue et durcie à Fendroit où la hache est enfouie. Qu'une source vive et rapide lave le mal et l'entraîne loin de notre vue et de notre souvenir. Le feu qui brûla longtemps dans Âlbany est éteint, le lit sanglant est purifié« et les larmes sont essuyées de nos yeux. Nous rattachons aujourd'hui la chaîne d'alliance et d'amitié : qu'elle brille comme l'argent et ne se rouille jamais ; et qu'aucun de nous ne cherche à en détacher son bras» »
Les usages et les cérémonies des peuples ne sont souvent que des comparaisons et des analogies mises en action. Chez les nations anciennes, la rupture d'une convention s'exprimait par une paille rompue, l'acquisition d'un fonds de terre, par une branche d'arbre que coupait l'acquéreur en qualité de nouveau maître. Les rites des funérailles et du mariage étaient des allusions à la condition supposée du mort, ou à Fétat futur des époux ; et ces coutumes se retrouvent chez les peuples de nos jours où l'imagination poétique l'emporte encore sur la connaissance positive des hommes et des choses. La manière dont le mariage est célébré dans la Samogitie, sur les bords de la mer Baltique, rappelle la plupart des cérémonies du mariage chez les Romains. La future épouse est arrachée de force de la maison paternelle par les parents de l'époux. Le jour des noces, on frotte ses lèvres de miel, pour l'avertir de ne laisser sortir de sa bouche que de douces paroles. On la conduit devant toutes les portes de la maison du mari : elle s'arrête sur le seuil de chacune, y frappe légèrement du pied, et l'on répand autour d'elle du froment, du seigle, de l'avoine, des pois, des fèves et des pavots. Celui qui verse devant elle ces emblèmes de l'abondance et du repos, lui dit en même temps : <i Si tu restes pieuse et fidèle et que tu gouvernes bien ta maison, tu vivras honorée et tu ne manqueras de rien. »
Dans toutes les religions anciennes, les cérémonies allégoriques sont mêlées au culte et aux prières, et il y a une étroite alliance entre la poésie et la superstition. La différence entre Tune et l'autre c'est que le poète ne croit pas à ses comparaisons, et que le superstitieux accorde aux siennes une foi entière.
La science ne doit pas tomber dans la poésie, et encore moins dans la superstition. Il lui suffit pour cela de distinguer ce qu'elle sait de ce qu'elle croit. Notre croyance à la stabilité et à la généralité des actes de la nature nous entraine à chercher partout l'uniformité, et à la supposer quand nous ne rayons pas encore rendbntrée. La philosophie de la Grèce essaya de réduire le monde matériel à un seul élément, et la morale à une seule maxime. L'alchimie du moyen âge ne voyait dans tous les métaux que la transformation d'un seul ; la médecine du même temps apercevait, dans les parties intérieures du corps humain, la représentation des corps célestes ; la philosophie du xvur siècle tentait d'expliquer par la sensation tous les phénomènes de la pensée. L'histoire natu* relie de nos jours veut retrouver dans tous les animaux un seul et même animal. L'analogie est le fd qui nous conduit dans le labyrinthe de la science, c'est un pressentiment qui nous fait deviner bien des secrets, mais, nous le répétons, elle ne doit jamais prévaloir sur l'expérience. Dans les sciences de classification, comme l'histoire naturelle, si la différence de deux objets est plus importante que la ressemblance, main* tenons la distinction des genres et des espèces; dans les sciences d'explication qui recherchent les causes , comme la physique et la psychologie, suivons le précepte de Bacon, qui nous apprend à régler notre induction, et à reconnaître autant de facultés ou de propriétés qu'il y a de phénomènes indépendants les uns des autres.
§ 7. Le double sens du met inducUon.
Lorsque nous avons présenté la division générale des actes intellectuels , nous avons dit que les sens extérieurs , la conscience et la mémoire nous donnent des connaissances contingentes, à posteriori^ et que l'intuition pure nous fournit deft c<mnaissances nécessaires, à priori; l'induction est une croyance et non une connaissance ; cette croyance est contingente, elle s'applique à des objets qui existent et qui pourraient ne pas être , mais elle est à priori comme la connais-
sance nécessaire. En effet, elle nous suggère Tidée d'un objet, soit ayant qu'il existe, comme quand nous pressentons un orage , soit avant qu*il tombe sous notre perception , comme quand nous supposons qu'une terre contient un métal.
Le nom d'induction s'oppose au nom de déduction, et nous devons expliquer cette opposition. La déduction est un raisonnement par lequel d'une proposition générale on fait sortir les propositions particulières qu'elle renferme ^ ; comme dans cet exemple : tout homme qui a en main la puissance publique doit réprimer les violences ; le prince a en main la puissance publique, donc le prince doit réprimer les violences '. Quand Fesprit va de la proposition générale à la proposition particulière , il fait sortir, il déduit la seconde de la première. L'induction suit une marche contraire. Elle part d'une proposition particulière pour s'élever à une proposition générsde ; connue par exemple : cette terre contient un métal, donc toutes les terres semblables en contiennent aussi. Dans ce dernier cas, on ne fait pas sortir , on ne déduit pas la proposition générale de la proposition particulière, c'est la seconde qu'on enferme, qu'on induit dans la première. On entend ordinairement par induction un raisonnement qui parcourt toutes les propositions particulières avant d'arriver à la proposition générale. La logique n'admettrait pas comme démonstrative cette induction : tel animal a une bouche et le sens du toucher, donc tous les animaux ont une bouche et le sens du toucher ; elle voudrait qu'avant d'arriver à la conclusion générale on eût fait des observations sm* tous les animaux en particulier , et alors toutes les propositions particulières seraient renfermées ou induites dans la proposition générale qui ne serait que le résumé, la somme ou le total des propositions particulières. C'est de cette façon qu'Aristote entendait l'induction' ou l'argument épagogique. L'induction ainsi construite serait tout aussi convaincante que la déduction ; elle ne serait qu'une déduction
1 . Voy. pliu loin le Raisonnement, Li v. VUI, chap. I*^ 3. Bossuet. Logique, liv. UI, chap. », édit. de Lens, p. 394. 3. *£icaY(AYYJ»
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retournée ; on n'aurait pas t>esoin de la croyance à la stabilité de la nature pour faire une induction de ce genre , il suffirait de la mémoire comme pour la déduction. Mais l'induction ne se présente jamais sous la forme décrite par la logique ; il nous est impossible de faire toutes les expériences particulières qui justifieraient complètement la proposition générale; aussi notre esprit ne les attend-il pas ; il a reçu de Dieu une disposition à croire que la nature est constante , et-quelques expériences partielles suffisent à son induction. Nous emprunterons à Bossuet un passage où il a très-bien expliqué ce qu'est l'induction d'après la logique d'Aristote et ce qu'elle est dans la marche ordinaire de l'esprit humain. « L'induction est un argument par lequel, en parcourant toutes les choses particulières on établit une proposition universelle : par exemple, en parcourant les hommes particuliers, on les trouve tous capables de rire. Mais , dira-t-on , avez-vous vu tous les particuliers pour tirer cette conséquence? Non, sans doute. Aussi n'est-il pas nécessaire : il suffit que ni moi, ni aucun autre n'ait jamais ni vu, ni ouï dire qu'il y eût des hommes faits autt^ement. Comme donc on sait d'ailleurs que la nature va toujours un même train, je suis assuré par l'induction, que nonseulement tous les hommes qui existent aujourd'hui sont capables de rire, mais que jamais il n'y en a eu et n'y en aura d'une autre façon. Il faut cependant supposer, pour faire une induction valable et démonstrative, que la chose soit exposée et vue*. »
Ainsi, pour faire une induction démonstrative, il faut supposer que tous les exemples particuliers aient été vus ; mais, comme cela n'arrive jamais, une induction démonstrative n'est que supposée; par conséquent, une induction n'est pas démonstrative, c'est-à-dire qu'elle ne produit jamais la certitude de la perception, mais seulement une croyance. Bossuet a bien vu que , si nous croyons que tous les hommes sont capables de rire, ce n'est pas que nous les ayons tous examinés , mais que nous croyons d'ailleurs que la nature