‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 271 sur 318 · Voy. plus haut, t. !•% p · texte numérisé non relu

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3. Essai sur l'entendement humain, Uy. IV, chap. ii, $ 14 ; chap. in, $ 21.

cette croyance , il approcha bien près du terme et prépara la solution qui fut donnée par Thomas Reid. Hume commence par décrire le phénomène dont il recherche la cause. « Nonobstant, dit-il, l'ignorance où nous sommes des propriétés secrètes des corps, nous ne laissons pas de les croire semblables partout oà nous remarquons de la ressemblance entre les qualités sensibles , et nous nous attendons toujours à des effets semblables à ceux que nous a déjà montrés Texpérience. On nous présente un corps qui ressemble au pain qui nous a nourris jusqu'à présent, nous comptons qu'il nous fournira la même nourriture. C'est de cette opération de Fesprit que je voudrais bien savoir le fondement. On n'aperçoit aucune liaison entre ces qualités sensibles et ces forces secrètes ; il n'y a donc rien de connu qui puisse nous porter à conclure qu'elles doivent toujours être jointes ensemble. L'expérience du passé ne comprenant que des objets déterminés et un temps précis dont elle ait pu juger, de quel droit la transportons-nous à d'autres temps et à d'autres objets semblables? Il n'y a pas ici une ombre de nécessité. Cette conséquence, cette suite de pensées, cette induction , sont des choses où nous ne voyons pas clair. Il s'en faut bien que cette proposition : J'ai trouvé jusqu'ici tel objet suivi de tel effet, soit la même que celle-ci : Je prévois que tous les objets dont les apparences sont semblables se ressembleront par leurs effets. Si vous prétendez que cette conclusion tient à une chaîne de raisonnements, je vous somme de la produire*. »

Il est impossible de mieux poser la question. Voyons comment le philosophe va essayer de la résoudre : « Toute loi générale des sciences physiques s'appuie sur cette proposition que l'avenir sera conforme au passé. Or, cette proposition ne peut se prouver. Si cette conclusion était l'ouvrage de la raison qui découvre les vérités nécessaires , elle serait aussi parfaite la première fois et dans un seul cas donné, qu'après le cours le plus long d'expériences réitérées. Mais il en est tout autrement ; ce n'est qu'après une longue suite d'expériences sem-

1. OEuvres philosophiqties, trad. franc., t. I"% p. 124 et suiv.

blables, que nous acquérons une ferme assurance sur les événements à venir. Je veux que la marche de la nature ait été régulière jusqu'ici, il faudra toujours un autre argument pour démontrer qu'elle continuera de l'être. En vain prétendrezvous avoir étudié la nature des corps dans le livre de Fexpérience : leur nature intérieure pourrait avoir changé, sans qu'il se fût fait aucun changement dans leurs qualités sensibles. Cela arrive dans quelques objets... Supposons qu'un homme tombât subitement dans ce monde, il verrait les événements se suivre, et rien de plus... Supposons qu'il eût assez vécu pour observer que les événements se suivent toujours dans le même ordre, à quoi cette expérience le mènerait-elle? Â conclure de l'apparition d'un objet, la future existence de l'autre..., et la conclusion même que nous venons de lui prêter, ne serait pas le fruit du raisonnement. Il s'y trouverait néanmoins entraîné, et, quand même il serait convaincu que son raisonnement n'y a point de part, ses pensées iraient toujours le même train. Le principe qui l'entraînerait se nomme coutume^ habitude^. »

La première solution à laquelle Hume s'arrête , est donc qu'après avoir observé la liaison constante de deux phénomènes, de la chaleur, par exemple, et de la flamme, de la solidité et de la pesanteur, nous ne sommes déterminés que par Y habitude à conclure de l'existence d'un de ces phénomènes, l'existence de l'autre *. Mais comment l'habitude peut- elle changer cette proposition :fai trouvé jusqu'ici que tel objet a produit tel effets en cette autre : je prévois que tous les objets dont les apparences sont semblables, produiront les mêmes effetst Comment l'habitude peut-elle transformer le passé en futur? Comment une perception répétée peut-elle devenir une croyance? Il y a évidemment ici un phénomène nouveau. D'ailleurs, si j'ai entendu une seule fois le tonnerre après avoir vu l'éclair, lorsque je verrai un éclair, je m'attendrai au bruit du tonnerre, et cependant je n'aurai pas encore l'habitude

1. OEmres philosophiques, Irad. franc., 1. 1", p. 129 et suiv.

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