ibtd., 1. 1*', p. 158 et suiv
446 LIVRE SlXlÈMBi SECTiON TROISIÈME.
crois que cette personne est dans la chambre voisine, cette conception a plus de force sur mon âme que n'en aurait celle d*un palais enchanté. La première est plus énergique, plus capable de me causer du plaisir ou de la peines » Hais je puis oYoir une idée très-yague et très-faible de la personne que je crois dans la chambre voisine, et me faire, au contraire, une idée très-déterminée et très-vive d'un palais enchanté. Ce n'est donc pas par le degré de vivacité que la croyance difiCère de la pure conception ou simple appréhension des scolastiques. Hume avait mieux dit lui-même, quand il expliquait que de deux conceptions sur le mouvement d'une bille, il en était une qui ne se distinguait pas de l'autre par un degré de vivacité, mais par l'adjonction d'un fait intellectuel particulier qu'il appelait la croyance. La contradiction dans laquelle est tombé ici cet habile dialecticien, vient de sa théorie générale sur les faits de Tintelligence. U ne voulait voir entre tous ces faits que des différences de degré ou de vivacité. Ce que nous appelons la perception, et ce que Hume nommait Timpression, était l'idée la plus vive ; celle-ci, en s'affaiblissant, devenait la réminiscence, en s'affaiblissant encore, la croyance, jusqu'à ce qu'elle devînt au dernier terme de la faiblesse, la pure conception ou l'imagination. C'est en faisant la critique de cette théorie que Thomas Reid admirait le singulier sort de cette idée, qui, partant du temps présent, s'enfonçait dans le passé, et rejaillissait tout à coup dans l'avenir, sans repasser par le présent. David Hume, qui avait si peu de chose à faire pour établir définitivement la véritable théorie psychologique de l'induction, a donc laissé ce mérite à Thomas Reid, qui, en effet, y a mis la dernière main^
Depuis Reid, on a refusé d'attribuer Tinduction à une faculté spéciale et on a voulu la ramener à un autre principe de l'intelligence. « Je rencontre , a-t-on dit , une personne dans un jardin ; plus tard, la vue de ce jardin me fait songer à celte personne et me fait croire que je l'y rencontrerai de nouveau.
1. OEuvres philosophiques, trad. franc., 1. 1*% p. 156 et suiv.
2. OEuvres complètes, trad. franc., t. Il, p. 3&1 el suiv., et t. V, p. 124.
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Pour expliquer un phénomène si simple , il n'est pas besoin de recourir à un principe particulier de l'esprit, il suffit de l'association des idées. >* Nous avons vu, quand nous nous sommes occupés de renchainement des réminiscences , qu'elles suivent pas à pas l'ordre de nos perceptions K La vue du jardin nous rappelle le souvenir de la personne : rien en cela n'excède la loi de l'association des idées; mais cette loi ne peut enchaîner que les idées qui sont nées et non pas celles qui sont à naître. L'idée de la personne et l'idée du jardin se rapportent toutes deux au passé et non à l'avenir. Celle idée, fai vu, ne peut rappeler celle-ci : Je verrai. Si l'on yeut entendre par association des idées ce fait que l'idée du passé suggère l'idée de l'avenir, on le peut, car l'imposition des noms est libre ; mais alors on renfermera sous un même titre deux phénomènes fort différents, et qui peuvent se séparer l'un de l'autre ; car le souvenir du jardin peut me rappeler le souvenir de la personne, sans me suggérer l'attente de celle-ci au même lieu. On n'aura donc fait que changer le nom , on n'aura pas changé la chose, et il restera toujours vrai que la croyance à la stabilité de la nature est un phénomène distinct du souvenir; que l'un existe quelquefois sans l'autre, et que d'après la méthode qui règle la recherche des causes, ils doivent se rapporter à deux facultés différentes.
D'autres ont pensé que la croyance à la stabilité de la nature pouvait rentrer dans la croyance à la perfection de Dieu. Us ont confondu ainsi la raison intrinsèque de cette stabilité avec la manière dont nous en acquérons la croyance. Sans doute la nature n'est stable que parce que Dieu lui doni^la stabilité ; mais la question est de savoir si nous commentons par croire à la providence de Dieu ou à la stabilité de la nature. La plus simple observation suffit pour résoudre le problème. L'enfant attend pour l'avenir le retpur des phénomènes qu'il a vus dans le passé, avant que sa raison se soit élevée à la conception de la Providence. L'homme, dans les courts moments où il laisse s'obscurcir en lui la notion de Dieu , n'en