Voy. plus haut, p. 265 el suiv
croit pas moins à la constance de la nature. S'il plaisait à Dieu de changer Tordre des choses, en croirions-nousmoinsà la providence divine ? Ce n'est donc pas Tidée de la Providence qui nous conduit à l'idée de la stabilité de la nature. Quels que soient les décrets de Dieu, nous croirons toujours qu'il agit pour le bien^ Si nous sommes portés à croire à la constance des phénomènes naturels, c'est que Dieu a voulu nous donner à ce sujet une croyance spéciale, distincte de celle qu'il nous inspire en la divine providence.
D'autres enfin n'ont voulu voir dans l'induction qu'une application du principe nécessaire de causalité '. « Lorsque, disent-ils, deux phénomènes se suivent constanmient , notre esprit considère le premier comme la cause, et le second comme l'effet. Au retour du premier, nous attendons le second, parce que si Teffet suppose nécessairement une cause, la cause suppose nécessairement son effet. »
Nous répondons d'abord que la croyance à la stabilité d'un phénomène n'est pas toujours mêlée de l'idée de cause et d'effet. J'ai traversé hier un précipice sur une planche, je crois que cette planche me portera encore aujourd'hui. Comment des qualités extérieures et visibles de cette planche puis-je induire sa solidité? Quelle liaison y a-t-il entre son étendue, sa couleur, sa forme, qui seules frappent mes yeux, et la solidité que j'y suppose? Comment puis-je dire que l'étendue, la forme et la couleur soient les causes de la solidité? Je ne songe nullement à établir ici un rapport de cause et d'effet, mais je m'attends simplement à retrouver au milieu des autres qualités de la planche une certaine qualité que j'y ai trouvée hier et qui m'a été utile. Dira-t-on que la solidité me paraît résulter d'une certaine force secrète de la planche, et que c'est parce que j'y suppose encore cette cause intérieure que je m'attends à la solidité qui en est l*effet? Mais la question est de savoir pourquoi je suppose encore dans la planche la même cause que j'y ai trouvée hier. J'accorde qu'une cause qui n'est pas libre doit toujours produire son effet et