Voy. plus haut, p. 321 el suiv
le même effet, mais cela ne suffit pas pour me décider à passer sur la planche; il me faut de plus croire que la même cause y est encore aujourd'hui, et si je suppose qu'elle y est , c'est par la croyance à la stabilité de la nature et non par le principe de causahté. Ce que le principe de causalité nous apprend de nécessaire, c'est que tout changement suppose une cause, mais non pas qu'une cause soit toujours présente dans les circonstances où nous l'avons observée, car cela n'est point nécessaire.
En résumé, les qualités visibles des objets naturels sont accompagnées de qualités latentes qui ne se découvrent pas à première vue. Nous croyons : 1* que les qualités visibles étaient dans l'objet avant notre observation et qu'elles continueront d'y être après ; 2* que les objets qui se ressemblent par les qualités visibles se ressemblent aussi par les qualités secrètes ; S"* que les objets analogues par les qualités visibles peuvent présenter ou ne pas présenter les mêmes qualités intérieures, et c'est alors que se manifeste le doute qui est le combat de deux croyances. La croyance à la stabilité, à la généralité des phénomènes naturels est une grande cause de progrès pour les sciences ; mais, jusqu'à ce qu'elle soit justifiée par l'expérience, elle doit être tenue pour une hypothèse, c'est-àdire pour une opinion , une conjecture et non pour une connaissance. Cette croyance est aussi l'une des sources les plus abondantes de la superstition et de la poésie; la superstition peut être définie : une analogie à laquelle on croit , et la poésie : une analogie à laquelle on ne croit pas.
Nous appelons cette croyance l'induction, parce que le raisonnement par induction, dont traite la logique depuis Aristote , dépasse lui-même les limites de la perception et renferme la croyance dont nous parlons. Les anciens s'étaient bien aperçus que l'induction ou la croyance n'était pas la connaissance ; Platon et Aristote les ont soigneusement distinguées l'une de l'autre. Dans les temps modernes, Bacon, Locke, Hume et Reid ont complété cette distinction. L'induction ne peut être rapportée ni à l'association des idées , qui n'associe que les idées du passé; ni à l'idée de la Providence, qui ne n 29
vient dans Tcsprit qu'après celle de la stabilité de la nature ; ni au principe de causalité, qui fonde l'infinité et la nécessité de la cause première, et ne peut établir les rapports contingents des causes secondes et des circionstances où elles apparaissent. L'induction est donc une faculté spéciale de l'esprit. Elle donne un démenti de plus à ce faux axiome que l'esprit de l'homme est une table rase, et que toutes les idées lui arrivent par les sens extérieurs*. La perception de l'infini et les conceptions idéales le démentaient déjà, mais ces facultés se servent de preuves à elles-mêmes ; les prévisions de l'induction sont confirmées par l'expérience ultérieure. L'induction prévoit que le soleil achèvera sa course, que de nouveaux astres combleront les lacunes des cieux, que le nuage se laissera désarmer de la foudre, que les empires accompliront telles ou telles révolutions, et les événements vérifient ses oracles. L'induction porte seule cette baguette divinatoire à laquelle nos pères supposaient la vertu de découvrir les sources et les trésors cachés dans le sein de la terre. Elle conduit à la vérité par l'hypothèse , car la loi de la gravitation a été une hypothèse avant d'être une théorie. L'induction est donc la faculté scientifique ; mais elle est aussi la faculté poétique ; elle crée les métaphores, les comparaisons , les allégories; elle enfante les dieux d'Homère et les anges de Milton, elle est comme la fée de l'intelligence, et pour la peindre par une des images qu'elle nous fournit elle-même, on pourrait la représenter debout sur la terre, les yeux levés vers les cieux , tenant d'une main les Principes de la phihh Sophie de Nevirton, et de l'autre P Iliade d'Homère.
1» Voyei plus loin, liv. IX, chap. n et iy, les principmwB systèmes sur le* facultés intellectuelles.
CËAPITRË IL