‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 277 sur 318 · Y){uta Oico(iVY)9Tixà, aT)(ieTa IvdeixTtxà · texte numérisé non relu

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3. Voy. plus loin le Raisonnement, t. lU, liVt VIU, chap. i*'.

LES CROTANCES. 455

à la première, nous allons tout droit du signe à la chose signifiée. Lorsque les stoïciens disent que le mouvement du corps décèle l'âme, s'ils veulent dire qu'après avoir connu en nous que notre âme meut notre corps , nous jugeons que le mouvement de nos semblables est déterminé par leur âme , ils n'ont encoi-e noté qu'une simple induction; mais s'ils ont entendu que le geste d'un homme nous déclare sa pensée ûnmédiatement, sans que nous ayons besoin de faire un retour sur nous-mêmes, ils ont enfin compris dans leur liste le véritable signe expressif, celui qui fait croire à la présence de l'objet qu'il exprime, sans qu'on ait besoin de s'appuyer sur une expérience précédente. C'est ainsi que le froncement de notre sourcil fait supposer immédiatement à l'enfant qui nous regarde que nous avons à son égard un senti^ient de mé-* contentement.

S 3. Ce n'est pas la volonté qui institue le signe.

On a prétendu que le signe ne devient expressif que par reflet de notre volonté. « Un mouvement, a-t-on dit, n'est qu'un mouvement quand je le produis sans volonté; c'est quand j'y attache une intention qu'il devient expressif; c'est donc ma volonté qui le crée signe. »> Nous ferons deux réponses à cette théorie : 1° L'expression n'a pas besoin de la volonté; elle est souvent involontaire. Combien de fois ne vous amvet-il pas de trahir malgré vous votre pensée. Un mouvement de votre paupière , un imperceptible pli de votre front , un léger frémissement de votre lèvre ont été compris, quelque effort que vous fassiez pour les démentir. Vous vouliez feindre un sentiment, on a deviné que vous éprouviez le sentiment contraire. 2* Votre volonté est incapable de créer un signe. Essayez de changer les signes naturels: qu'il vous plaise d'exprimer le commandement par le geste qui signifie l'obéissance , ou d'exprimer la soumission par les signes du dédain : quand vous commanderez , vous ne serez pas obéi , et quand vous vous soumettrez, vous offenserez. L'enfant peut pousser d'abord un vagissement sans le vouloir et sans y attacher de

significatioô ; il peut recommencer ce cri, volontairement, pour exercer sa voix; il y a alors volonté sans signe. Mais quand il donne le vagissement comme signe de sa douleur, c'est qu'il a reconnu à ce cri le pouvoir d'exprimer sa pensée, c'est qu'il l'a lui-même interprété avant de le donner à interpréter aux autres : sa volonté ne suffirait pas pour l'instituer en qualité de signe.

« Mais on ne veut point parler , dit-on , d'une volonté solitaire; c'est le concours des volontés qu'on entend. On prétend donc que les hommes se sont assemblés et qu'ils ont institué les signes par un effet de leur volonté. » Nous nous contenterons de remarquer que Tenfant entend les signes quoiqu'il n'ait pas assisté à celte prétendue convention; que, conune on l'a dit tant de fois , les hommes , pour s'entendre et convenir d'instituer des signes, devaient avoir déjà des signes naturels, et que pour créer un langage il faut en avoir un. On ne peut vouloir faire que ce qu'on a fait d'abord involontairement*. La volonté éclaircit nos idées , elle n'en peut créer une seule. Pour vouloir faire le bien , il faut avoir l'idée du bien ; pour vouloir employer le signe, il faut que l'idée du signe ait précédé la volonté. « L'homme, dit-on, aura montré un objet et il aura fait entendre un son, et les autres auront compris qu'il voulait désigner cet objet. >» Mais, montrer un objet , c'est déjà signifier ; c'est déjà se faire comprendre. Si nos semblables n'étaient pas disposés par leur nature à interpréter le geste de l'indication, à tourner les yeux vers l'objet qu'on leur désigne, ils ne verraient dans notre geste qu'un mouvement semblable à celui de la marche ou de la course.

La difficulté aurait été encore plus grande pour convenir des gestes qui auraient dû exprimer notre haine ou notre amour et tous nos sentiments intérieurs. Il n'y a plus ici d'objet extérieur à montrer. En supposant que le geste de l'indication ne soit pas déjà un mot du langage naturel, et qu'on le comprenne par le secours de l'induction , ce geste ne peut montrer les sentiments intérieurs auxquels on vou-

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