Ibid, sect. nr
LBS CROYANCES* 471
de la parole , on se convainera qu'il a été inspiré à l'homme de se servir de rarticulation en Tinterprétant comme un signe, en d'autres termes , que la parole est d'institution naturelle.
La nature aurait pu porter l'homme à prendre l'articulation pour signe, et lui laisser le soin d'appliquer à son choix telle articulation à tel objet, à tel sentiment, à telle pensée. Nous avons donné les raisons qui nous font croire que l'homme, en attachant l'idée de signe à l'articulation , a obéi aux inspirations de sa nature : examinons maintenant si l'attribution des différentes paroles aux différentes pensées doit être considérée comme l'effet d'un libre choix et des combinaisons du raisonnement. Nous partageons l'avis de ceux qui pensent que les hommes, dans l'emploi de telle ou telle articulation, n'ont pas agi arbitrairement, mais ont encore été guidés par l'instinct. Cette opinion avait paru déjà dès la plus haute antiquité : c'était celle de Pythagore , de Cratyle , disciple d'HéracUte, de Platon et d'Épicure *. Voici, en abrégé, les raisons que Platon donne à l'appui de son sentiment dans le dialogue intitulé Cratyle.
Cratyle prétend qu'il y a une propriété naturelle des noms pour chaque chose ■ : que cette propriété a été sentie par les Grecs et par les barbares. Le débat s'engage d'abord sur les noms propres. Mais Platon s'aperçoit bientôt que ce n'est pas là le véritable sujet de la question. « Laissons, dit«-il, les noms des héros et des hommes; ces noms leur sont quelquefois imposés par leurs parents, pour exprimer des vœux , et sans aucun rapport avec le caractère des personnes à qui on les donne, comme Sosie, Théophile, Eutychide et tant d'autres. Il faut examiner la propriété des noms relativement aux choses naturelles. Peut-être quelques-uns de ces noms ont-ils été imposés par une puissance plus divine que celle de l'homme. En décomposant les mots, on arrive à des mots primitifs qui sont les éléments des autres', et il faut chercher