‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 288 sur 318 · Vere ruhenti · texte numérisé non relu

Vere ruhenti

LBS CROYANCES. 479

des peuples diffèrent, il n*est pas étonnant que cette difl^rence se retrouve dans leurs langues , qui sont le produit spontané de l'intelligence et de l'organe de la voix*.

1 . M. Ernest Renan , qui s'est fait connaître par le prix de linguistique remporté à llnsUlut en 1847, et par d'autres travaux très-importants, a bien voulu nous communiquer la note suivante où Ton verra une esquisse de rélat actuel de la science sur les ressemblances et les différences des langues :

« Les savants qui les premiers tournèrent leur attention vers l'étude comparée des langues, frappés de quelques ressemblances extérieures et superficielles, ou bien n'étendant leur comparaison qu'à des rameaux d'une même famille, se hâtèrent trop de proclamer l'unité des langues comme un fait historique, et posèrent prématurément cet axiome, que tous les idiomes actuellement parlés sur la surface du globe ne sont que des dialectes d'une même langue primitive. Une élude plus étendue et plus approfondie a tout à fait renversé ce système. U est impossil)le aujourd'hui de supposer que l'hébreu, le sanscrit et le chinois dérivent d'une même langue primitive. Cette unité de filiation a disparu ; mais d'un autre côté les invesliga- Uons des savants modernes ont mis en lumière l'unité des procédés psychologiques que les races diverses ont employés dans la création spontanée des divers langages.

« Le résultat le plus important de la linguistique moderne est d'avoir classé les langues en familles qui paraissent irréductibles les unes aux autres, mais dont les membres sont liés entre eux par la plus évidente parenté. Ainsi parmi les langues de l'Asie, le zend, le sanscrit, le pâli, le persan présentent les plus frappantes analogies, et ne sont à vrai dire que des variantes d'un type identique. D'un autre côté, l'hébreu, l'arabe, le syriaque, le chaldéen, le phénicien, le samaritain ne sont que des dialectes à peine différents d'une même langue. Le chinois , le birman , le tartare-mantchou présentent des rapports non moins évidents. Enfin les langues malaises forment aussi une famille très-caraclérisée. Mais entre ces familles, ou du moins entre les trois premières , il n'y a absolument aucune ressemblance. Les mots communs sont fort rares, et s'expliquent tous ou par des emprunts ou par des procédés analogues de formation, et quant au système grammatical, il est radicalement divers, et n'oftVe d'identique que les procédés les plus généraux de l'esprit humain. Ainsi, par exemple, les langues de la famille de l'hébreu, que Ton appelle sémitiques^ n'ont que deux temps pour le verbe , pas de présent, pas de modes bien caractérisés, mais en revanche une infinie variété de voix. Le chinois n'a ni flexions , ni forme grommaticale , et fixe par la syntaxe seule les rapports des mots dans la phrase. Le sanscrit au contraire n'a pas à vrai dire de syntaxe, et exprime les rapports les plus délicats de la pensée par la déclinaison et par ses innombrables flexions grammaticales.

a Trois familles seulement ont été jusqu'ici l'objet d'une exploration scientifique. Ce sont les familles indo-germanique ou indo-européenne, sémitique et tarlare. Elles renferment toutes les langues de l'Asie et de l'Europe, excepté les langues finnoises (finnois, madgyare, etc.) dont on fait une famille h part, el le basque qui Jusqulci s'est montré rebelle à toute classification. «La tamilie indo -germanique est de beaucoup la plus nombreuse et la plus importante. Elle renferme à elle seule presque toutes les langues de

Nous pensons donc que la doctrine qui regarde le langage articulé comme le fruit d'une faculté naturelle , ex-

FEurope, et s'élend depuis Tile de CeyUn jusqu'au fond de la Scandinavie et jusqu'aux îles les plus reculées de rOccident Les groupes principaux qui la composent sont le groupe indien (sanscrit, prakrit, pâli, kawi, et les langues modernes de rindoustan : bengali, maliratle, hindi, hindoui), le groupe iranien (zend, pehlvi, persan moderne], le groupe du Caucase (lesghi, ossète et une foule de dialectes, et peut-être Tarménlen), le groupe slave (ancien slavon, lithuanien^ russe, polonais, tchèque), le groupe gréco-laUn (grec, latin, toutes les langues néo -latines, italien, provençal, espagnol, français), le groupe germanique (allemand et tous ses anciens dialectes, gothique, anglo-saxon, suédois, islandais, etc.)« le groupe celtique (langue erse, gaëlic, celto-breton, etc.)*

< La famille sémitique présente bien moins de variété, et n'offre que trois dialectes bien caractérisés; le dialecte du Nord ou araméen, qui renferme le syriaque et le chaldéen; le dialecte du milieu ou chananéen, qui renferme l'hébreu, le phénicien, le samaritain; le dialecte du sud, qui renferme l'arabe et l'éthiopien ou geez , parlé autrefois en Abyssinie. Ces dialectes ne difiTèrent pas plus entre eux que le patois de deux provinces voisines.

« Quant à la famille tartare, les principales langues qui la composent sont le chinois, le tartare-mantchou, le birman et les dialectes de 1 1ndo-Chine, le tibétain, etc.

« L'état actuel de la science ne permet pas de fondre l'une dans l'autre ces familles réellement distinctes. Mais , dans l'intérieur de chaque famille, les rapprochements se présentent en foule. On peut dire sans exagération que les langues qui composent chaque famille offrent toutes un même fond de racines et de procédés grammaticaux; en sorte que la vraie manière de les comparer, c'est de prendre une même racine ou une même forme grammaticale, et de les suivre dans leurs transformations à travers ces dialectes divers. C'est ce que Bopp a fait avec une science merveilleuse dans sa grammaire comparée de toutes les langues indo-germaniques et dans son Glossaire sanscrit; et cela non par des rapprochements superficiels, mais par la comparaison des éléments intimes des radicaux. Voici quelques exemples de ces racines communes, qui se rencontrent dans toutes les langues indogermaniques sans exception :

< Sanscrit : Joudj (joindre) ; latin : jung (o) ; grec : 2;svyvu(xi, K^yoç ; lithuanien : jungin ; slave : igo.

u Sanscrit : Jouvan (jeune) ; UWn : juvenis ; persan : juvani ; lithuanien : jauna; slave : jûn; anglo-saxon : iung; celto-breton : yaouanc ; gothique : juggs.

< Sanscrit : Maha (grand) ; persan : mih ; grec : (léya; ; latin : nuigniLS, etc. Le h se change souvent en y» en passant du sanscrit au grec : Douhatri,

OuyàTirip, etc.

«Sanscrit : Bu (être); latin : fu-%, fo-re, (ama)bamy (ama)bo; grec : çuco; lithuanien : bu-li ; allemand : ich bin; persan : bouden.

« Sanscrit : Bri (porter), grec : çépw ; latin : fero, porto ; gothique : bar, etc.

« Sanscrit : Bradj (briller); grec : çX^yw; latin : fulgeo; gothique : bairh ; anglo-saxon : blican ; germanique : blich , blig, blic ; lithuanien : blizgu ; russe : blescu ; écossais : boillsg. »

plique à la fois la ressemblance et la différence des langues.

Sanscrit : Kas, ka, kim (qui, que); latin : quis, quœ, quid; persan : ke; lithuanien : kas ; gothique : hvas ; ionien : xo pour no , d'où xârspoç, xû; pour iroTspoç, Ttîûf;; slave : ky-l, ka-ja, ko-e ; irlandais : cia; écossais: co.

Sanscrit : Eka (un) ; lithuanien : ni-ekas, (nullus) ; persan ; lek ; irlandais : each, neach (nullus); grec : éxàTspoç, ëxa<rro;, comparatifs et superlatifs de eka, comme ékatara (sanscrit), qui a le même sens que éxàrepo;; latin : codes pour ek-ocles.

Sanscrit : Dwi (deux); persan : dou; grec : SOb) ; slave : dva ; lithuanien : du; gothique: thvai; celto-breton : dow; irlandais : da, do, di.

Sanscrit : Tri (trois) ; grec : xpei; ; lithuanien : tri ; slave : tri ; islandais, tri ; celto-breton : tri ; gothique : thri.

Sanscrit : Tchatour (quatre); grec : réTTaps;; éolien: Tciaupe;; gothique : tidvor ; celto-breton : pedwar et peder ; russe : tchetyrje ; irlandais : ceathair, féminin, cetheora; lithuanien : keturi ; latin : quatuor ;zendi tchathrus (quater). Sanscrit : tchatourtha; grec : Téxapto;, quartus, gothique : fldvorta.

Sanscrit : Pantchan (cuiq) ; grec : irévts, irs^ics ; cello-brelon : pemp ; gothique : fimf ; allemand : fiinf ; lithuanien : penki ; slave : pjalj ; latin : quinque; grec : xévxe pour iiévTs; irlandais : cuig; persan : pendj.

Sanscrit t Schasch (six); saplan, 7 ; achtan, 8; navan, 9; dasan, 10. Tous ces noms de nombre offrent dans toutes les langues indo-germaniques la plus parfaite identité.

Sanscrit : Yinsati (vingt ); latin : viginti; celto-breton : ugent; persan : bist.

Les pronoms, les adjectifs relatifs, possessifs, démonstratifs, etc. sont aussi absolument identiques dans toutes ces langues. Il en faut dire autant des prépositions, des conjonctions et des adverbes, qui pour la plupart sont dérivés des prononis.

Les rapprochements grammaticaux sont plus frappants encore. La conjugaison sanscrite représente trait pour trait la plus ancienne conjugaison grecque, toujours en [it, et a permis de reconnaître dans les terminaisons personnelles \li, at, ti, les pronoms des trois personnes (j-é, av, t (to.xoi, l'article grec n'était anciennement qu'un pronom démonstratif ou de la troisième personne). L'augment temporel et syllabique, le redoublement s'y retrouvent absolument comme en grec.

Exemple :

Dadâmi

5tS(ii)[jLi.

Dadasi -

6îÔ0(j-i.

Dadati

dtSoTi

Dadamas

diSo(Ae;.

Dadata

6i5oTe.

• Dadanti

8Î80VTU

Imparfait :

Adadâm

êSî3(0v.

Aoriste :

Adam

Optatif :

Deiftm

SoÎYiv»

Deiâs, etc.

6oiT)ç, etc.

Autre exemple :

Jamî

ïripii.

Jasi

ïy|<ji.

Jati, etc.

îyjTt, etc.

Les philosophes qui ont regardé le langage comme le fruit de rinvention humaine et le résultat du raisonnement, sont,

Déclinaison d'un adjectif : Sivas, Siva, Sivam.

Bonus, Bona, Bonum.

Comparatif sanscrit : Tara; persan : ter; grec : Tepo;. Superlatif sanscrit .* Tama; latin : {%U)Hmw (tn)a'mu« {pos)tumu8, etc.

Sanscrit: Bradu, Bradiyas, Bradbchta.

Grec : ppofiuc, ^poiSicov^ PpdfiiOTo;.

Sanscrit : Lagou , Laghiyas, Laghischla.

Grec : *£Xdaa(i>v, 'Ë^âxiorroç.

Les deux cas locatif et instrumental, qui se trouvent en sanscrit, ont expliqué une foule de particularités du lalin et du grec archaïques, et spécialement du style homérique : mihi, tihi, ibi, alibi, Xfi, 6ir^9i, etc. L'a privatif est d'un usage perpétuel en sanscrit. Le mécanisme des verbes composés de prépositions, se retrouve en sanscrit et en persan, absolument comme en grec et en allemand. Les terminaisons caractéristiques d'adjectifs, Veidika, védique, etc., >.oyix6;, sont les mêmes en sanscrit et en grec. Enfin on peut dire que toutes les langues de la famille indo-germanique n'ont qu'une même grammaire, plus ou moins développée, de même qu'elles n'ont qu'un même dictionnaire.

Gela est encore bien plus évident pour les langues de la famille sémitique. Le syriaque et le chaldéen ne forment qu'une seule et même langue, qu'on devrait appeler araméenne. et ne difTèrent pas plus entre eux que les dialectes éolien et dorien. L'araméeu de son cdté ne s'éloigne pas beaucoup plus de l'hébreu que le dialecte dorien du dialecte ionien. Enfin la langue d'Homère est peut-être moins ressemblante à la langue de saint Jean Chrysostome que l'hébreu à l'arabe.

Mais là s'arrêtent les linguistes. S'ils admettent d'une part la plus étroite connexilé entre les membres d'une même famille ; ils sont amenés d'un autre côté à reconnafire un abîme entre les familles diverses, et déclarent sans hésiter que ces familles n'ont pu sortir l'une de l'autre par des dérivations insensibles, comme les dialectes d'un même idiome.

Est-ce à dire pourtant que des langues appartenant à des familles différentes n'offrent entre elles aucune analogie? Non sans doute : mais ces analogies s'expliquent suffisamment par l'identité même de l'esprit humain agissant semblablement sur plusieurs points à la fois. Ces ressemblances, en un mot, suffisent pour établir l'unité des procédés suivis partout par l'esprit humain, mais n'obligent pas à supposer l'unité de filial ion des langues comme un fait historique. Ainsi la grammaire hébraïque ressemble très-peu à la grammaire sanscrite ; ces deux grammaires ressemblent bien moins encore à la grammaire chinoise, et pourtant au fond de la grammaire chinoise, comme au fond des grammaires hébraïque et sanscrite^ il y a l'esprit humain toujours identique dans ses facultés.

La comparaison lexique amène aux mêmes résultats. En comparant, par exemple , le vocabulaire sémitique au vocabulaire indo-germanique, on trouve des racines dont l'analogie ne saurait être contestée. En faut-il conclure l'identité des deux familles ? Nullement, puisque le fond des deux familles reste profondément distinct ; mais il faut en conclure que les Sémites et les ancêtres des races indo-germaniques ont eu les mêmes raisons pour dénommer une chose ou une action de la même manière, et ont em-

dans l'antiquité, Démocrite, Hermogène et Aristote. Cette opinion avait même passé dans la poésie. On voit en effet dans

ployé les mêmes procédés pour former leurs appellations. Un dépouillement rigoureux de ces racines communes aux deux familles amènerait à \e$ grouper de la manière suivante :

i** Mots communs aux deux familles par suite d'emprunt ou de commerce entre les races ; noms de substances, de plantes, d'animaux, qui ont porté leur appellation avec eux :

Hébreu : Touki (paon); tamoul : togeï.

Hébreu : Kof (singe) ; sanscrit : kapi ; grec : xyjicoç, x^eo;.

Hébreu : Karpas; sanscrit : karpâsa; grec : xàpTcocao;.

Ces mots sont fort nombreux ; mais ils ne prouvent pas l'unité d'origine.

2*" Mots onomatopiques, communs aux deux familles; Tidentilé de la chose ayant entraîné l'identité de Timilation.

Hébreu: Louah (avaler) ; syrien: loh; arabe : laha; sanscrit : lih; anglais: to lick; italien : leccare; celtique : lonkan; latin : lingo, lingua, ligurio.

Hébreu : Lahab (lécher); syriaque : lehab; latin: lahium-, allemand: lippe ; persan : lib ; grec : lânxta ; celtique : lippan.

Hébreu : Jalal (crier) ; arabe : walwala ; grec : àXaXdCeiv, ldXe(jLo; ; latin : ejulare, ululare; germain : iolen.

Hébreu : Garr (gratter); hébreu : garon (gosier); latin : guttur; arabe : gargara ; grec : yapYapiÇo).

Hébreu : Gall et galam (rouler); grec : xiXXco, xuXî(d, xuXivSco; latin : glomus [Gl marque le roulements

Fr marque l'idée de briser ou de déchirer dans toutes les langues sémitiques ; comparez : sanscrit : prah ; latin : frango ; gothique : brikan ; allemand : brechen; celtique : frezan.

Kt marque l'idée de frapper et de couper ; comparez : latin : csedo, quatio, percutio.

Hébreu et syriaque : Kra (crier) ; grec : xpàCeiv ; allemand : kr&hen ; anglais : to cry ; etc.

Arabe : Kal (dire) ; hébreu : kol (voix); grec : %aki(a, xeXeu(o$ anglais : to call; latin : calare, calend».

Hébreu : Scharak (sifUer) ; grec : ovpiCo), oupty^

Hébreu : Gazai (gazouiller).

Hébreu : Kalaf (claquer) ; grec : xoXàTTTO).

Hébreu : Tapp (taper) ; grec : tutctco.

Hébreu : Toff ou "Topp (tambour) ; grec : TujiTravov et Tii;7cavov.

Hébreu : Garaf ou haraf; allemand : greifen (griffe); perse : guiriflen (saisir) ; grec ; ypuçe; ; hébreu : krub ou cherub, {les Chérubins animaux mythologiques, identiques aux griffons.)

Hébreu : Kharasch (graver) ; grec : yctpaatstù.

Hébreu : Ragaz (briser) ; grec : piQYvvii.i , ^^(rau (^ay) ; sanscrit t rag.

Hébreu : Douts, dais (danser); allemand : tauzen; slave : taniec.

Hébreu :laag (balbutier); chaldéen : laglag; grec: xXevàlicd; gothique: hlahjan; anglais : to laugh.

Hébreu : Nafal, afal, nabal, bala, amal. Toute une famille de mets dont la racine est fah ^^^ et dont le sens fondamental est tomber; grec : a^àX)^); latin : fallo; allemand : fallen.

Dans presque toutes les langues, le nom du père est exprimé par la la-

Eschyle que Prométhée se vante d'avoir donné à l'homme la faculté de parler. Mais comme il se fait gloire au même en-

biale la plus facile , p ou b , el le nom de la mère, par m , autre labiale exprimant la succion de la mamelle par les lèvres de l'enfant. Pourtant dans beaucoup de langues, la lettre caractéristique du père est t; celtique : tad; dans plusieurs dialectes du Caucase : dada ; en sanscrit lataha (outre pitri) ; en latin : tata (père nourricier) ; turc : atla. Dans quelques langues aussi la lettre caractéristique du père est m , comme pour la mère ; géorgien : mamao (père); langue de Tlmirette : marna; mingrélien : muma; mantchou : ama; tungouse : amaï; aux Philippines et à Sumatra : ama. Quelques dialectes de Sibérie sortent seuls de ces analogies, et offrent des formes tout a fait anomales.

3° Racines identiques , bien qu'on n'y découvre pas de raison onomatopique.

Sarr , famille très-nombreuse de racines sémitiques signifiant serrer.

Hébreu : Keren (corne); syriaque : karno; arabe : karn; latin : cornu; celtique f kern ; allemand : boni.

Hébreu et éthiopien : Sak (sac); grec : aâxxo;, etc.

Hébreu : Ers (terre) ; arabe : ard ; germanique : erde ; gothique : airtha ; peblvi : arta.

Mouth (racine commune à toutes les langues sémitiques), mourir ; sanscrit : mâlh, mouth, mith, mid, med.

Hébreu : Mala (être plein) ; syriaque : melo ; arabe : malaa; sanscrit : pléi parle changement de m en p, labiale pour labiale; grec : ^reXÉco (7r)-)Q(>rj;, n{(i.icXriiJ.t) ; latin : im-plere, plenus; allemand : fiillen, volt ; anglais : to till ; polonais : pilmy ; bohémien : plny.

Hébreu : Schalav et schalam (être sain et sauf, être en paix); latin : salvus, salus, etc.

Hébreu •. Tour, dour (marque révolution en cercle ou durée); latin : durare ; allemand : dauern; latin : tornum (tour).

Hébreu : Afa (cuire); grec : ë^j/w, 6tztzol\ latin : offa.

Hébreu, arabe et syriaque : Misk, misg; grec : pLtoYw; latin : misceo; polonais : mieszan; anglais : to mash; arabe : mascli; allemand : mischen.

Hébreu, arabe et syriaque : Mar (amer); latin : amarus.

Hébreu : Kour, kara (creuser); sanscrit : kbour; syriaque: Kro; latin: curlus fuit.

Hébreu : Kerk ; syriaque : karko ou kerko (cercle) ; latin : circa , circus, circulus; grec : xipxoç, xipxivoç.

Hébreu : Zabach (égorger) ; grec : œç àiaw (açay).

Hébreu : Khalak (idée de poli) ; arabe : gala; grec : x<i>^xo?, yàXiÇ; latin : calculus. Hébreu : Khâlâk; latin : blandus; grec : yXuxu;, y>o'-o«, Y^î<rxpo?î latin : glacies, glisco; allemand : glass, gleissen, glânzen.

Hébreu : Galab ; arabe : galam (totondil) ; latin : glaber, calvus (?).

Hébreu : Khalab (gras); grec : Xiira (l'aspiration iC/i n'ayant pas d'analogue en grec devait disparaître), XiTcàw, Xmapo;, àXeîçw.

Hébreu : Matai (métal); latin : metallum.

Arabe : gald (dur) ; celtique : caled.

Les pronoms sont presque identiques dans les deux familles sémitique et iiido-germanique.

n en est de même de quelques noms de nombre.

droit (le lui avoir révélé l'idée de l'avenir, el que celle idée est bien certainement ]e fruit d'une faculté naturelles il n'v a pas lieu de s'arrêter à cette fiction poétique.

Voici les raisons par lesquelles Démocrite soutient son opinion sur l'origine du langage. « Premièrement , les différents peuples donnent différents noms à la même chose . >» Nous avons vu que ces différences peuvent tenir soit à celles de l'oreille ou de l'organe de la voix, soit aux différentes qualités que les peuples envisagent dans le même objet , soit enfin à la plus ou moins grande fidélité avec laquelle ils suivent l'instinct naturel ; car il faut , dans le développement des facultés , faire toujours une part à la liberté et même à l'imperfection de rhomme. Nous accorderons volontiers que la langue parlée présente des défauts. L'intelligence n'en présente-t-elle pas , quoiqu'elle ne soit pas de notre invention? Nos facultés nous sont données de Dieu, mais il ne nous les a pas accordées parfaites, car la créature ne peut égaler le Créateur. De plus, nous ajoutons à Timperfection naturelle de nos facultés les fautes qui viennent de notre défaut d'attention , de nos préventions et de nos inductions précipitées.

« Secondement, poursuit Démocrite, une même langue consacre quelquefois le même mot à des choses différentes : c'est ce qu'on appelle un homonyme. » Nous répondrons qu'il y a souvent entre les objets désignés par le même mot des ressemblances ou des analogies qui ont justifié la ressemblance et l'analogie des noms. Quelquefois aussi l'homonymie n'est que dans l'écriture et non dans la prononciation , et en ce cas , la

Hébreu : Schalosch (trois); cbaldéen : thelath, thlas, tras; grec : Tpetc

Hébreu : Schesdi (six) ; sanscrit : schascb , etc.

La cause qui a pu produire ces racines communes entre deux familles de langues si profondément diverses, doit se trouver dans un rapport entre le nom et Tobjet, qui nous échappe , mais qui frappait vivement ceux qui produisaient la langue pour la première fois, au lieu de la recevoir comme nous toute produite et de n'avoir plus qu'à l'imiter. Nous sommes donc amenés à reconnaître des procédés analogues dans la formation des langues les plus dissemblables, et à poser ce principe que l'homme en donnant des noms aux objets a obéi à une faculté naturelle , et s'est toujours laissé conduire par des raisons tirées des objets eux-mêmes. »

Page 1