Voy. plus haut, p. 294 et
langage. Comme, par les causes que nous avons essayé d'indiquer , il y a des langues différentes dans les diverses régions , il fallait que Tenfant pût se former facilement.au langage du pays où il est élevé. L'instinct de l'imitation remporte chez lui sur Tinstinct de l'articulation spontanée. C'est le même instinct d'imitation qui fait que nos enfants adoptent notre langue au point où elle est arrivée quand ils naissent, et ne la reportent pas à son état primitif, comme cela deyrait arriver, s'ils parlaient uniquement en vertu de leur inspiration. Cependant il n*est pas impossible de remarquer encore l'influence de cette inspiration primitive. Les enfants changeraient la langue, si on les laissait faire; ils transposent les syllabes , ils les redoublent, ils forgent des mots nouveaux, dont les analogies sont irréprochables. Leur conjugaison est beaucoup plus régulière que la nôtre ; ils tendent à ramener tous les verbes à un seul; et, s'ils en avaient la liberté, ils débarrasseraient peut-être nos langues de toutes les irrégularités qu'elles doivent soit à l'imitation réciproque des peuples, soit à l'influence des grammairiens, et surtout des écrivains qui, consacrant certaines formes par leur autorité , font tomber les autres en désuétude.
Nous ne doutons pas que si plusieurs enfants étaient élevés ensemble, sans avoir entendu prononcer aucun mot, ils n'arrivassent à se former entre eux un langage articulé. Nous ne nous appuierons point sur l'exemple, rapporté par Hérodote, de ces deux enfants nourris au milieu des troupeaux par un berger qui avait ordre de ne pas leur parler. Il prononcèrent cependant, dit-on, le nom du pain, en langue phrygienne* ; mais ces enfants pouvaient simplement imiter par là le bêlement de la chèvre. L'expérience peut d'ailleurs avoir été mal faite, ou mal observée, ou mal racontée, et peutêtre aussi , comme le disait Plutarque dans une circonstance semblable , que l'expérience n'a jamais eu lieu. En tous cas, ces enfants n'étaient pas assez nombreux pour que la faculté du langage rencontrât chez eux toutes ies occasions de son