‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 295 sur 318 · OBuvres philosophiques, édit. de Lens, p · texte numérisé non relu

OBuvres philosophiques, édit. de Lens, p

peine Dieu a-t-il placé le premier homme sur la terre, qu'il lui parle et en est compris sans lui avoir donné de leçons. Bientôt il fait venir les animaux et il le charge de leur imposer les noms suivant son inspiration naturelle et non pas d'après des modèles d'articulation que Dieu lui aurait fournis expressément en les faisant résonner à son oreille*. Plus tard, lorsqu'il plaît à Dieu de diviser le genre humain et de faire plusieurs races et plusieurs nations , il dit : « Descendons et confondons leur langage, afin qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres *, » et à l'instant les langues se produisent sans que Dieu prenne la peine de les parler expressément pour que les races les copient; mais les nations produisent ces langues différentes par im mouvement de leur nature. De sorte que les textes sacrés sont plus favorables à l'opinion qui admet qu'il y a des familles de langues irréductibles les unes aux autres, qu*à celle qui suppose une seule filiation pourtoutes les langues. Si Ton veut dire que Dieu n'a point parlé corporellement pour enseigner les langues soit au premier homme , soit aux diverses nations qu'il a dispersées , mais qu'il leur a donné un modèle intérieur, purement intellectuel, de Tarticulation qu'il voulait faire prononcer, on adopte précisément la doctrine que nous essayons de faire prévaloir : c'est que l'homme tient son langage de sa nature , et qu'il tient sa nature de Dieu. Ainsi, il n'y a aucune trace dans l'Écriture d'un langage révélé corporellement, en ce sens que Dieu aurait montré l'objet en même temps qu'il aurait fait entendre le son matériel. La transmission d'un pareil langage, composé au moins de trente mille mots et déformes si riches, si variées, si délicates, serait inexplicable chez des nations barbares ou qui seraient par la suite retombées dans la barbarie. Quant à la révélation intellectuelle , entendue en ce sens que Dieu nous inspire d'exprimer tel objet ou telle pensée par tel son, dont il nous fournit intérieurement l'idée , c'est ce que nous entendons par l'institution naturelle du lan* gage humain.

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