Genèse, II
2, I&tU) XI, 7.
500 LIVRK SlXlÈftiK, SECTION TROISIÈME.
Nous avons donné les raisons qui montrent selon nous que Ihomme n'a pas pu inventer le langage articulé. Des motifs puisés dans l'histoire semblent démontrer qu'en effet il ne Ta pas inventé , de sorte que nous avons de cette vérité ce qu'on appelle dans l'école une démonstration a priori et a posteriori. Les langues que nous parlons aujourd'hui ont remplacé des langues qui ne se parlent plus. L'italien s'est substitué au latin, le grec moderne au grec ancien, et les oi'ientalistes nous apprennent que des révolutions du même genre se sont accomplies en Orient et particulièrement dans l'Inde, où le sanscrit a été remplacé d'abord par le prakiit, le pâli, puis par le bengali et une foule d'autres dialectes vulgaires. Les langues modernes diffèrent de celles qu'elles remplacent par un plus grand degré d'abstraction. Les mots sont moins complexes : les rapports des substantifs ne sont plus exprimés par la désinence des mots , mais par des prépositions et par la place que les substantifs occupent relativement au verbe. Dans cette phrase française : Paul aime Pierre , il est impossible de déplacer les deux substantifs sans changer le sens. La place des mots est donc significative , comme la place des chiffres dans le système de numération que nous avons emprunté aux Arabes. La voix, le mode , le temps et même la personne ne sont plus exprimés dans les verbes par un seul mot , mais par plusieurs mots séparés*. Si l'on cherche dans l'histoire comment et quel jour se sont opérés ces changements, on ne trouvera pas de réponse à ces deux questions. On ne voit pas que les hommes se soient assemblés et soient convenus de changer leur langage. Le changement s'est opéré sans que personne puisse en revendiquer l'honneur. Il ne s'est pas accompli brusquement, mais par des progrès insensibles. On aperçoit déjà dans les anciennes langues des traces d'abstraction l Il y a des prépositions dans la langue latine et dans la langue grecque; mais l'usage en devient beaucoup plus fréquent et beaucoup plus varié dans le grec mo-