Voy. plus haul, p
deme , ainsi que dans l'italien , le français et l'anglais. Quel est le promoteur de toutes ces révolutions? Qui nous a enseigné à dire Vamour de la sagesse y au lieu de sapientiœ amor ? Personne n*a été notre maître , et cependant ce changement s'est accompli. Nous pouvons, par analogie, juger de Foriginedes langues primitives. Ni l'anglais, ni le français, ni l'italien n'existaient au temps de César; on parlait alors une langue latine que personne ne parle plus aujourd'hui. Nous savons que cette substitution s'est faite, sans que personne Tait inventée ou décrétée , sans qu'il y ait eu même d'assemblée ou de convention pour cette fin. La révolution s'est faite par l'impulsion naturelle de l'esprit, qui, concevant plus d'idées abstraites , a produit pour les exprimer plus de mots abstraits. Puisque telle est l'histoire des langues que nous avons vues naître , il en est certainement ainsi des langues dont l'origine se cache dans la nuit des temps.
En résumé, nous avons fait voir que si les hommes n'avaient pas naturellement l'idée du signe, ils n'auraient jamais créé de langage ; comment en effet auraient-ils fait comprendre qu'ils avaient l'intention de signifier leur pensée ? Si , lorsque nous faisons entendre un son, nos semblables n'étaient pas tournés par une disposition naturelle à le prendre pour signe de notre pensée , ils le prendraient pour un chant ou pour une imitation volontaire ou involontaire des sons extérieurs. Il ne leur viendrait pas à l'esprit que Fobjet dont nous imitons le son est dans notre pensée , et que nous voulons faire entendre qu'il nous occupe , et appeler leur attention sur cet objet, car, comme l'a dit très-justement Platon : « Imiter, ce n'est pas nommer. »
Si on pense que l'interprétation est naturelle , mais qu'elle se borne aux gestes et aux sons inarticulés et que le reste est d'invention humaine, nous faisons remarquer que du son inarticulé au son articulé il n'y a pas loin; que l'on comprend îi tort les interjections parmi les sons inarticulés, qu'elles sont de véritables articulations, auxquelles s'applique l'interprétation naturelle; que si la nature nous a donné pour signe certaines articulations , il n'y a pas de raison pour qu'elle
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ne nous en ail pas donné d'autres au même titre. L'homme est conduit par sa nature à prendre l'articulation pour un signe de sa pensée et à varier cette articulation suivant la variété de sa pensée; il imite les sons des objets sonores; il reproduit, par les mouvements et la pression de sa langue contre les dents et le palais , le mouvement et la station des objets mobiles et immobiles ; son gosier , sous Timpression du sentiment et de la pensée, se dispose comme un orgue qui ouvre ou ferme ses tuyaux ; enfin , de même qu'il attache certaines idées à certains traits du visage, il les attache encore h certaines articulations primordiales.
Lorsque notre pensée est confuse ou au moins complexe, nous exprimons les choses toutes à la fois en un seul terme; lorsqu'elle devient distincte ou abstraite, nous distinguons aussi nos mots. Notre langage est toujours le reflet de notre intelligence. Les langues sont comme tous les produits immédiats de l'esprit humain : elles arrivent presque tout d'un coup à la perfection; chaque langage est merveilleusement approprié au genre d'esprit du peuple qui le parle. Si rbomme avait inventé une langue, il aurait fait en même temps d'autres admirables inventions , et cependant les sauvages qui ont des langues dignes d'admiration , sont , pour tout le reste, dans la plus profonde barbarie. Enfin, les langues que nous avons vues se former sous nos yeux, se sont établies et développées sans inventeur, sans convention, et par la seule force des lois de l'esprit humain.
L'interprétation naturelle n'est pas le fruit de l'induction , puisque Tenfant interprète les signes en autrui , avant d'avoir pu remarquer qu'il les produit lui-même, et, en conséquence , avant d'avoir observé en lui que tel sentiment ou telle pensée se trouve en rapport avec tel phénomène corporel. En vertu de notre interprétation spontanée , un phénomène physique, qui seul tombe sous la perception des sens, nous fait deviner un phénomène immatériel, tel qu'un assentiment, un refus, un doule, une peine, un plaisir, etc.; en d'autres termes, le phénomène matériel devient un signe ^ non pas un signe précurseur qui fait prévoir l'avenir et qui
s'appuie sur une expérience antérieure, ni un signe eommémoratif qui rappelle une chose passée et s'appuie sur la mémoire, mais un signe expressifs c'est-à-dire un signe dans la véritable acception du mot, un signe qui ne s'adresse ni à la mémoire ni à l'induction, mais à Tlnterprétation. Cette interprétation spontanée n'est qu'une croyance; elle n'est pas ime perception : elle n'affirme donc pas que l'objet dont elle conçoit l'idée existe certainement là ou elle le suppose, mais elle le croit , et cette croyance , bien qu'elle puisse être erronée , n'est pas un doute. Le doute ne vient qu'en présence de plusieurs signes contraires, et par conséquent 11 naît de deux interprétations différentes , comme nous l'avons vu naître déjà de deux inductions opposées ^
L'interprétation est, comme l'induction, une sorte de divination , et une preuve des desseins de la Providence. Nous apercevons un certain mouvement du visage , nous croyons à la présence d'une certaine pensée en autrui , et il se trouve précisément que cette pensée est dans l'esprit où nous l'avons supposée. On peut vouloir contrefaire les signes, mais, outre qu'un œil attentif ne s'y trompe pas , cette usurpation ne fait que mieux prouver la vertu naturelle des signes qu'on a empruntés. D'une autre part, il est important de remarquer que les animaux qui peuvent imiter nos articulations ne les com* prennent pas et ne les emploient pas comme des signes , et que ceux qui les comprennent ne peuvent pas les reproduire. Il semble donc que la Providence ait réservé à l'humanité rintelligence et l'emploi simultanés de la parole conmie un de ses privilèges.