‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 3 sur 318 · Bossuçl> Logique, livre I*% chap. xviii · texte numérisé non relu

Bossuçl> Logique, livre I*% chap. xviii

8 LIVRE SIXIÈME, SSCTI(»f PREMIÈRE.

conceptions qui s'ajoutent les unes aux autres; la connaissance se complète, et voilà comment on dit qu'elle devient plus distincte et plus claire. En résumé , une idée obscure est une idée indistincte , et une idée indistincte est une idée incomplète. La connaissance devient claire en distinguant et distincte en se complétant. Les trois divisions précédentes se réduisent donc à une seule , et l'on peut dire que les idées, considérées suivant leur mode ou la manière dont elles s'appliquent à leurs objets, sont uniquement complètes ou incomplètes.

On dit encore que , relativement à leur mode , les idées sont : l"" immédiates ou médiates ; 2° vraies ou fausses.

L'idée de la ligne est immédiate; elle n'est précédée d'au* cune autre qui serve à l'introduire dans l'esprit. L'idée que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits est une idée médiate : elle ne s'obtient pas avec la première idée du triangle. En un certain sens, toutes les idées sont immédiates, parce qu'elles s'appliquent toutes directement à leur objet : ainsi lorsqu'à la connaissance de l'angle succède celle du triangle , au lieu de dire que la seconde est une connaissance médiate , on pourrait dire qu'elle est une connaissance nouvelle. A la connaissance des angles formés pan la droite qui coupe deux droites parallèles succède la connaissance de l'égalité des trois angles d'un triangle avec deux angles droits : toutes ces connaissances, prises à part et considérées suivant la manière dont elles s'appliquent à leur objet, sont aussi immédiates les unes que les autres ; seulement la dernière ne peut s'obtenir qu'après qu'on a obtenu celles qui précèdent. La connaissance immédiate ou directe^ ou encore intuitive y est donc celle qu'on obtient sans avoir besoin de passer par aucune autre; la connaissance médiate ^ indirecte ^ ou encore discursive, est celle qui ne s'obtient qu'après qu'on en a déjà obtenu d'autres. Nous verrons au chapitre du raisonnement à quelles conditions une première connaissance peut en produire une seconde K

l.Voy. plus loin, livre Vm.

Quant à la division qui partage les idées en vraies ou fausses, réelles ou chimériques, cette opposition ne tient pas au mode mais à la nature du fait intellectuel. En effet, nous ferons voir que les perceptions peuvent être plus ou moins complètes , mais qu'elles sont toutes vraies ; qu'il en est de même des conceptions ou pures représentations intérieures , et que les croyances peuvent seules être fausses ou chimériques. L'erreur sera donc ainsi renfermée dans une petite partie de ^intelligence. Le scepticisme se trouvera réduit avec elle dans la plus étroite enceinte, et encore verrons-nous que la possibilité du mal tient à la possibiUté du bien ; que Fhomme ne pouvait deviner l'avenir et les vérités cachées, qu'à la condition de pouvoir se tromper , et que l'occasion de l'erreur est aussi celle de la découverte.

$ 4. Les faits intellectuels considérés suivant leur origine.

Pour diviser les faits intellectuels suivant leur origine, il faut appliquer la méthode propre à la détermination des facultés^ la méthode des sciences qui recherchent les causes ; c'est-àdire; partir de l'indépendance des phénomènes pour en induire l'indépendance des facultés.

Les faits intellectuels ont été rapportés , comme tous les phénomènes de l'âme, à deux origines : aux sens et à la raison '. Les sens, envisagés comme facultés intellectuelles, comprennent le toucher , la vue , l'ouïe , l'odorat, le goût et la faculté motrice ; « Les sens , dit Descartes , sont actifs dans le mouvement, et passifs dans le sentiment ^ » La raison renferme toutes les facultés intellectuelles qui se passent de l'intermédiaire du corps, telles que l^" la connaissance de l'âme par elle-même; 2«la mémoire entendue, non comme représentation des objets absents , ce que la plupart des philosophes rapportent à un sens intérieur s'exerçant à l'aide du cerveau \

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