‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 309 sur 318 · C. Jhid.f p. cxxxiv cl cxxxv · texte numérisé non relu

C. Jhid.f p. cxxxiv cl cxxxv

S92 LITRE sixiftin, ncnoN troisième.

remarqué qae Tathéisme vient, comme nous Tavons dit, de ce que certains esprits ne peuvent pas accorder l'existence du mal avec Texcellence de Dieu; qu'en conséquence Tathéisme suppose ridée de la perfection divine, et que si l'on pouvait de l'idée de cette perfection déduire la preuve de l'existence de Dieu , on fermerait pour toujours la porte à l'athéisme. Mais si la croyance à la perfection divine est en effet une croyance primitive , en ce sens qu'elle ne se déduit pas d'une autre idée, comme d'un principe, elle est cependant précédée, dans l'ordre du temps» de la croyance à l'existence d'une cause intelligente de ce monde» Nous croyons d'abord par indue* lion à l'existence d'une cause qui suffit à produire le monde> et ensuite nous croyons par une foi naturelle , à la perfection de cette cause. Ainsi ce n'est pas de l'idée de la perfection que nous allons à l'idée de l'existence de la cause : c'est de l'idée de son existence que nous allons à l'idée de sa perfection. Descartes, en supposant que nous avons d'abord l'idée de la perfection de Dieu, et ensuite l'idée de son existence, voulait en quelque sorte faire rebrousser chemin à notre esprit. De plus, il s'enfermait dans un cercle : si nous croyons d'abord à l'existence d'un être parfait , il n'y a qu'à constater cette croyance; si nous commençons, au contraire, par concevoir une perfection idéale, n'appartenant à aucun être , comment parviendrons-nous à prouver qu'elle appar* tienne à quelqu'un. «L'idée de la perfection, dit Descartes^ ne peut avoir été mise en nous que par un être parfait , parce qu'il faut autant de réalité dans la' cause que dans l'effet, n Gassendi répond que cette idée pourrait nous avoir été communiquée par un être ayant l'idée de la perfection idéale , sans posséder réellement la perfection ; et il ajoute que l'idée du triangle parfait , ne prouve pas l'existence extérieure du triangle. Descartes, en prévoyant cette objection , avait dit que l'essence du triangle ne comprend pas son existence hors de l'esprit, mais que l'essence de la perfection comprend l'existence de la perfection. Gassendi s'étonne que l'existence devienne un attribut de la perfection , tandis que c'est la perfection qui est un attribut de Texislence ; il oppose que pour être

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parfait, il faut commencer par éfre^ Nous ne débutons donc pas par concevoir une perfection idéale y mais par croire à un être parfait , et encore cette croyance est-elle précédée dans notre esprit par celle d'une cause limitée qui suffit à la production de ce monde. Descartes avait reconnu que son en-i tbymème : je penscy donc je suis , n'avait pas pour but de prouver Texistence de Tâme, mais de constater que nous connaissons Texistence de l'Ame en même temps que la pensée; il aurait dû reconnaître aussi que cet autre enthymôme : foi l'idée de t infini, donc l'infini existe ^ n'était pas une preuve, une démonstration ; mais une manière de constater une croyance primitive de notre Ame. Pour cela, il aurait fallu entendre par ridée de l'infini, non une représentation mentale de l'infini , mais une croyance à l'existence de l'être parfait. Ce philosophe n'en a pas moins contribué à faire admettre que les preuves prises des effets , ne suffisent pas pour conduire à l'idée de la perfection de Dieu , et que dans l'idée de cette perfection, il y aune croyance primitive, irréductible à aucun autre principe de l'esprit humain.

A l'exemple de Descartes, Pascal et Bossuet professent que ridée de la perfection de Dieu est une idée première, qui ne dérive d'aucune autre , et de laquelle beaucoup d'autres peuvent dériver. Descartes avait dit : « Les preuves prises des effets pour démontrer l'existence de Dieu n'ont de valeur que si l'on y joint l'idée primitive de l'infini. » « La nature , dit Pascal , a des perfections pour montrer qu'elle est l'image de Dieu, et des défauts pour montrer qu'elle n'en est que l'image ^ » Elle ne suffirait donc pas à prouver l'existence d'un Dieu parfait. Selon Bossuet, loin que l'idée de la perfection de Dieu vienne du spectacle du monde, le monde n'est rien auprès de 1«l grandeur de Dieu, et nous croyons que Dieu n'en serait pas moins parfait, quand même il n'aurait pas créé l'univers. « Recueilli en moi-même, ne voyant en moi que péché, imperfection et néant, je vois en même temps au-dessus de

1. Voy. Descartes, OEuvres philotoph,^ édiU Ad. G., t. il; cinquièmes objections,

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