‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 312 sur 318 · Exode, XXXIII · texte numérisé non relu

Exode, XXXIII

626 LIVRE sixiim, sictk»^ troisième.

que les Dieux soient les auteurs de ce monde tel qu'il existe, il s'ensuit qu'ils possèdent ce degré précis d'intelligence, de pouvoir, de bienveillance, qui éclate dans cet ouvrage , mais rien de plus , à moins t[ue nous ne voulions suppléer par des flatteries aux lacunes de nos preuves. De la scène présente du monde si remplie de maux et de désordres , nous ne pouvons conclure une intelligence, une bonté suprême, ni une autre existence réservée à Thomme. On rejette les imperfections du monde sur les qualités défectueuses et incorrigibles de la matière , sur la nécessité d'observer des lois générales et d'autres raisons semblables. On n^fpa$e la perfection dans la divinité ^ et dans cette supposition, j'avoue que les solutions qu'on donne de l'existence du mal sont assez plausibles. Mais je demande pourquoi on attribue à une cause des qualités qui ne sont pas dans les effets. Cette idée des peines et des récompenses à venir pe vient-elle d'ailleurs que de la fantaisie des hommes ? Y a t-il dans le monde des marques de la justice distributive de Dieu ? Si vous répondez affirmativement, je demande pourquoi vous supposez un autre monde; si négativement, je demande pourquoi vous supposez la justice en Dieu. Si vous tenez un milieu entre l'affirmative et la négative , et dites que la justice de Dieu s'exerce jusqu'à une certaine limite , je réponds que vous n'êtes pas fondé à dire qu'elle dépasse jamais cette borne. Nous nous mettons tacitement à la place de la divinité , et nous pensons qu'elle doit agir comme nous agirions en son lieu , c'est-à-dire selon la conduite que nous regardons comme la meilleure et la plus raisonnable. L'induction de l'homme à Dieu est-elle logique ? Ce que nous prenons pour une perfec-* tion est peut-être un défaut ; mais fût-ce une perfection , la bonne logique ne rattribuera jamais à Dieu , tant que cette perfection n'éclatera pas dans ses ouvrages ; cela sentirait la flatterie *. »

La flatterie est 'd'ordinaire sur les lèvres, et n'est point dans la pensée. Quand nous flattons une personne , nous lui

U OEmres philosoph*, trad. franc., t. II, p. 70 et suiv.

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prétons verbalement les qualités que nous savons bien qu'elle n'a pas. Il n'en est pas ainsi de notre croyance à la perfection de Dieu : il n*y a pas ici de désaccord entre notre pensée et notre parole. Â quoi nous servirait d'ailleurs de flatter Dieu, puisqu'il voit le fond des cœurs? Notre croyance à la perfection divine est une croyance sincère et irrésistible. Ce n'est pas par flatterie pour le soleil que nous croyons qu'il va continuer de nous éclairer; ce n'est pas par flatterie pour ce morceau de pain que nous croyons qu'il va nous servir de nourriture : cependant , rien dans l'existence passée du soleil ou de ce morceau de pain ne garantit leur action à venir. Ainsi , rien dans l'existence du monde ne suffit à prouver la perfection infinie de Dieu , et cependant nous admettons gratuitement cette perfection. Hume lui-même s'appuie ailleurs sur la perfection de Dieu pour prouver qu'il a établi des causes secondes : « Il y a sûrement plus de puissance en Dieu à départir un certain degré de pouvoir à ses créatures, qu'à faire tout luimême par une volition directe. Il y a plus de sagesse à avoir disposé l'univers dès le commencement avec une prévoyance si parfaite qu'il marche de lui-même , par son propre mécanisme, selon les vues de la Providence, que si le sublime auteur était obligé, à chaque instant , d'en retoucher les parties et de ranimer par son souffle toute l'activité de cette prodigieuse machine ^ » Ce n'est pas par flatterie que David Hume conclut ici la conduite de Dieu de la perfection qu'il lui suppose : la pensée du philosophe est bien d'accord avec sa parole. Il en est de même pour le reste de l'humanité. Ce n'était pas par flatterie pour les dieux, ni pour se ménager des récompenses, que les stoïciens disaient qu'il fallait s'en remettre, de toutes choses , à la volonté divine , puisqu'ils ne comptaient même pas sur une autre vie. Enfin ce n'est pas par flatterie que nous déclarons que si Dieu n'est pas parfait , il n'est pas, et que les athées tournent contre son existence l'idée mémo de sa perfection.

Mais David Hume a fait voir par la hbcrtc de sa diticussion

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