Voy. plus haut, livre IV
72 LIVRE SIXIÈME, SECTION PREMlfeRB.
La passion est» comme on Ta tu, le mode de rinclination. Chaque passion a une double face : le plaisir et la peine, ou la joie et la tristesse^ La joie ne cause jamais la folie*. C'est la passion triste, la douleur, la crainte, la peur, le désespoir, qui font perdre la raison, parce que la passion malheureuse fixe la conception dans Tesprit plus fortement que la passion heureuse.
Les passions relatives au corps produisent le genre de folie le plus ignoble, telle que la recherche continuelle des objets qui peuvent assouvir les plus grossiers appétits *. L'amour de la propriété, dont Texcès qu'on appelle avarice est déjà une folie, porte à des égarements honteux*. Le besoin de l'activité physique peut dégénérer en une manie de mouvement qui pousse quelques malheureux à des marches et à des courses à peine interrompues pour prendre quelque aliment*. Nos intérêts ont été placés sous la garde d'un sentiment instinctif de défiance et d'appréhension qui, retenu en de justes limites, ne produit que des effets salutaires', mais qui, affranchi du joug delà raison ,nous jette dans une peur sans objet, dans une sombre mélancoUe, dans un désespoir sinistre qui va jusqu'au suicide. L'un se trouve atteint d'un effroi sans cause. « J'ai peur, dit-il au médecin ? — De quoi avez-vous peur ? — Je n'en sais rien, mais j'ai peur''. » L'autre se regarde comme accusé d'un grand crime, et il entend des voix accusatrices^. Celui-ci, parce qu'il vient d'avaler le cachet d'une lettre, s'effraye, s'imagine qu'il vient de sceller ses intestins^ refuse toute nourriture et expire ^ Celui-là croit que son corps est d'une matière fragile, et il évite de le heurter contre le plus mince obstacle**. Tel