Esquirol, ouv. cité, 1 1*, p
76 LIVRE SIXIÈME , SECTION PRBlIliRB.
Tout le temps que dure la folie , la conception prend la même vigueur, et pour ainsi dire la même saillie que dans nos rêves ; elle nous rend inattentifs aux perceptions qui la con* trarient, ou ne nous laisse voir des objets extérieurs que ceux qui s'accordent avec la conception qui nous domine. Le fou, par avarice ou par générosité, prend des cailloux pour des diamants^ ; le fou, par orgueil, croit que les infirmiers sont les personnages de sa cour' ; celui que la jalousie égare, entend dans les battements de sa montre une voix qui lui révèle le déshonneur de sa femme ^. Le songe et la folie font illusion, parce que, pendant le rêve, la perception est absente , et que pendant la folie elle est affaiblie par la passion de Tâme. Mais lorsque la passion s'apaise , la perception reparait ; elle contraste aussitôt avec la conception, et Tune et l'autre sont à l'instant reconnues pour ce qu'elles sont. Bien plus, de même que, pendant le rêve, nous parvenons quelquefois à nous apercevoir que nous rêvons^; de même, pendant la durée de la folie, le fou peut s'apercevoir aussi de l'illusion à laquelle il s'abandonne. Un homme, qui consacra sa vie au soulagement et à la guérison de cette triste maladie', essayait toujours de guérir par le raisonnement la folie causée par la passion. Il représentait aux malades la vanité des rêves auxquels ils se laissaient aller, et il obtenait l'aveu qu'ils n'en étaient pas entièrement dupes, mais qu'ils trouvaient de la douceur à s'y abandonner. « Je vous entends bien, disait un de ces malheureux ; je comprends vos raisonnements ; si j'avais la force de les suivre, je serais guéri.» « Je sens tout cela, disait un autre, je sais ce que je devrais faire ; je voudrais le faire, mais donnez-moi la force qui me manque et vous m'aurez guéri*. » Un troisième parlait seul, comme s'il s'entretenait avec une autre personne. On lui fait observer qu'il est seul. Il répond : « Pen-