Métaph», liv. IV, cbap. v
84 LIVRE SIXIÈME y SECTION PREMIÈRE.
pas (le raison : le principe d'une démonstration ne peut pas lui-même se démontrera
En effet, aucune connaissance primitive ne peut être démontrée. À Faide de quelles connaissances antérieures pourrait-on en faire la démonstration ? Il n'y a pas de connaissances antérieures à ce qui est une connaissance première. Dans toute démonstration , il faut arriver à quelque chose qui ne se démontre pas, et la perception des objets extérieurs est, comme la conscience dont nous parlerons plus loin , une connaissance primitive, qui peut servir à démontrer des connaissances ultérieures, mais qui , elle-même, ne se démontre pas. La philosophie est complète lorsqu'elle a énuméré tous les jugements primitifs , et qu'elle y a ramené tous ceux qui peuvent se démontrer.
§ 3. Théorie des scholastiques.
Les paroles d'Aristote, que nous venons de rapporter, sont admirables par leur précision et leur rigueur. S'il n'avait prononcé que ces mots, il aurait certainement fait faire de son temps à la philosophie un progrès qui est à peine accompli de nos jours. Malheureusement il a écrit sur le sujet épineux de la sensation quelques lignes équivoques dont on a abusé après lui, et qui ont retenu la philosophie dans la fausse route. « Il faut observer, dit-il, sur toute sensation, qu'elle reçoit les formes sensibles de l'objet sans le fond de l'objet*, comme ladre reçoit Tempreinte de l'anneau, sans en recevoir le fer ou l'or. Telle est la sensation à l'égard de ce qui a de la couleur, de la saveur ou du son : elle ne reçoit pas ce que chaque chose est en elle-même, mais la qualité de chaque chose, et pour ainsi dire sa limite, son extérieur.... Ce n'est pas la pierre qui est dans l'âme, mais la forme • de la pierre*. »
1. Métaph,f liv. IV, chap. vi. Voy. aussi plus loin, livre VUI, le chapitre
du Raisonnement.
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