De VAme,\\y, U, chap. xii
Ces phrases d'Aristote peuvent s'enlendre en un sens raisonnable ; elles peuvent signifier que nous ne percevons pas tout ce qui est dans l'objet ; qu'indépendamment des phénomènes variables et passagers, il doit y avoir une substance toujours la même qui échappe à la perception des sens. Hais les successeurs d'Aristote n'ont pas interprété ainsi sa pensée; ils ont supposé que le philosophe plaçait entre les objets extérieurs et l'âme des images représentatives de ces objets. Les uns, comme Épicure, ont pensé que ces images étaient matérielles ; les autres, comme la plupart des scholastiques, qu'elles étaient immatérielles ^ On était d'accord sur ce point, que l'esprit ne percevait pas les objets eux-mêmes, mais des représentations de ces objets, des images*. L'on croyait expliquer par là comment les objets,restant les mêmes, les apparences pouvaient changer pour l'esprit. Ainsi le voyageur, à mesure qu'il s'éloigne , voit la montagne diminuer de hauteur : ce n'est pas la montagne qui change, disait-on, mais seulement l'image qui est dans l'esprit, la représentation de la montagne '.
Cette théorie , qui fut adoptée par tous les philosophes du moyen âge presque sans exception, était cependant sujette à bien des objections dont la plupart ont été signalées par Haiebranche ; 1" Si l'image venait de l'objet, comment pouvaitelle changer pendant que l'objet restait immuable? 2** si l'image était matérielle, comment pouvait-elle s'introduire dans l'esprit ? S"" si elle était immatérielle, comment pouvait-elle émaner des objets matériels ? 4*' si l'esprit n'était en rapport qu'avec ces images, comment pouvait-il s'assurer qu'elles ressemblaient à leurs modèles ? comment même pouvait-il affirmer qu'il y eût autre chose que ces images? L'existence des objets matériels devenait problématique \ Bien plus, le phénomène de la per-
1. Voy. Essais philosophiquet de Dugald Stewart, trad. par Ch. Huret, p. 856 et 8uiv.
3. EISt), species ou espèces, comme on le disait dans le français des scholastiques.