Ihid., chap. ? et vu
pas assez mis en lumière cette vérité importante que l'esprit distingue spontanément entre ses perceptions et ses conceptions.
S 7. Doclriae de Leibniz.
Aussi, la réforme d'Ârnauld ne porta-t-elle pas tous les fruits qu'on en devait attendre, et Leibniz écrivait-il encore après lui : « Il semble que les sens ne sauraient nous convaincre de l'existence des choses sensibles, sans le secours de la raison ^» Pour distinguer le songe d'avec l'état de veille, Leibniz reproduit timidement, il est vrai, les motifs de Descartes, condamnés, comme nous l'avons dit, par Platon. « Le vrai critérium en matière des objets des sens, dit-il, est la liaison des phénomènes... Cependant, il faut avouer que toute cette certitude n'est pas du suprême degré, comme Locke l'a bien reconnu ; car il n'est point impossible , métaphysiquement parlant, qu'il y ait un songe suivi et durable comme la vie d'un homme ; mais c'est une chose aussi contraire à la raison que pourrait être la liction d'un livre qui se formerait par le hasard en jetant pêle-mêle les caractères d'imprimerie. Au reste, il est vrai aussi que, pourvu que les phénomènes soient liés, il n'importe qu'on les appelle songes ou non, puisque l'expérience montre qu'on ne se trompe point dans les mesures qu'on prend sur ces phénomènes^. » Ainsi, Leibniz se contente de dire qu'en raisonnant sur ces phénomènes liés et constants que nous appelons l'état de veille, la plupart du temps, nos conjectures se trouvent justes ; du reste , il n'ose pas nous assurer que la vie ne soit pas un songe.
Nous avons fait connaître le système de Leibniz sur l'harmonie préétablie : les substances se développent symétriquement, mais sans action réciproque^ Elles sont si bien en harmonie les unes avec les autres, que telle substance, prise à