Voy. plus haut, p. 3, et plus loin même sect., chap. iv
que conception ou notion de l'objet perçu ; 2<' une conviction irrésistible et une croyance ferme de son existence actuelle; 3"* cette conviction et cette croyance sont inunédiates et non TefTet du raisonnement... Nous acquérons par nos sens la cemcé^/ion des objets extérieurs accompagnée de la croyance qu'ils existent, et c'est ce que nous appelons percevoir... Il est peu d'opérations de l'eaprit dont nous ne trouvions que la croyance forme un élément... La joie, la tristesse, la crainte impliquent la croyance d'un bien ou d'un mal présent ou futur *. »
D'après ces citations nouvelles, la perception ne s'oppose p!us à la conception et à la croyance ; la perception contient elle-même la conception et la croyance; en d'autres termes, l'alliance de la conception et de la croyance forme la perception. Mais Reid cite lui-même l'exemple de la joie et de la tristesse qui impliquent la croyance d'un bien ou d'un mal présent ou futur, et dans ce cas il n'y a pas perception. Je conçois une blessure ; je crois que je vais être blessé , ce n'est pas ih la perception de la blessure. L'enfant aperçoit le reflet de la lune dans l'eau , il croit qu'un corps solide existe sous cette lumière , et il demande qu'on le lui donne^ mais il ne le perçoit pas. La perception n'est donc pas la conception d'un objet accompagné de la croyance à la présence actuelle de cet objet.
On a cependant répété sur Taulorité de Thomas Reid , que la perception n'est qu'une conception accompagnée de la croyance à l'existence de son objet. Nous avons montré que ces deux éléments peuvent exister sans constituer la perception véritable. Us existent dans ce qu'on appelle h tort les erreurs des sens, et on accorde qu'il n'y a pas là de véritable perception. Cette doctrine confond donc de nouveau les limites si difficiles à garder de la perception et de la conception, et même de la connaissance et de la croyance. Mais, objectera-t-on , ne pourrait-on pas dire que parmi les pensées ou conceptions de notre esprit, il en est qui ne sont pas ac-
l. Critique de la philosophie de Th. Reid, par Adolphe Garnier, pag* 15 el34.
LES PERCEPTIONS OU LA PRE!aiÈRE PARTIE DES CONNAISSANCES. 105
compagnécs de la croyance à rexislence extérieure de leur objet, et d'autres qui en sont accompagnées, et que ce sont celle&-là qu'on appelle des perceptions? Nous répondons : l» Que si par croyance on entend une conjecture pareille à celle qui trompe l'enfant dans l'exemple que nous avons cité , cette croyance ne constitue pas la perception ; 2° que si par croyance on entend une connaissance certaine de la présence actuelle de l'objet, un acte qui saisit Fétrc, cette croyance est la perception elle-même; mais on a tort de l'appeler une croyance, car elle est plus qu'une croyance '. De môme, il ne faut pas dire que la perception accompagne la conception. Là où nous percevons, nous n'avons pas besoin de concevoir. Nous concevons quand nous ne percevons pas; je conçois la figure d'un ami absent ; mais quand je la perçois, il est inexact de dire que je la conçois en même temps. La conception exclut la perception et la perception exclut la conception. Ne doublez pas ce qui est simple, et ne parlez plus de conception à propos de la perception.
Ainsi il ne faut pas dire qu'il y ait en nous une faculté de penser qui nous fournit des idées ou conceptions vides de réalité extérieure, et qu'il se joint à cette faculté urte croyance qui anime, en quelque sorte, les objets de certaines de nos pensées et leur donne l'existence. Car, 1° on ne voit pas pourquoi cette croyance se joindrait à quelques-unes de nos conceptions et point aux autres; 2° si les premières ont des marques particulières , qu'on les cherche , et Ton verra peut-être que ces marques sont justement ce que nous appelons la perception; 3* cette croyance est équivoque; elle ne distingue la perception ni d'avec le rêve et la folie, ni même d'avec ces conjectures qu'on appelle improprement les erreurs des sens; 4» si cette croyance est une certitude et l'acte de saisir létre, elle est la perception elle-même, mais alors il ne faut pas dire qu'elle se joigne à la conception , car, dès qu'on perçoit l'être, on n'a pas besoin de l'imaginer ou de s'en souvenir.