Voy. plus haut, p. 2, et plus loin, même livre, sect m
S 12. La perception ne s'appuie pas sur le principe de causalité.
Nous devons faire connaître une autre doctrine qui s'est aussi répandue de nos jours. On a enseigné que la sensation est une pure modifîcation de l'âme; qu'elle ne nous donnerait par elle-même aucune idée d'une existence extérieure; mais que l'esprit ainsi modifié, sachant qu'il n'a pas causé cette modiûcation, en place la cause hors de lui et trouve ainsi Texislence du monde extérieur.
Cette opinion est sujette à plusieurs reproches. Premièrement, la sensation, à prendre le mot comme on l'emploie généralement et non dans le sens restreint que nous lui avons assigné plus haut S comprend la perception et l'affection agréable ou désagréable. Celle-ci est , en effet, un phénomène purement intérieur. La peine et le plaisir ne sont nulle part hors de l'àme ; la peine, c'est l'àme souffrante; le plaisir, c'est l'âme agréablement affectée ; il n'y a rien hors de l'âme qu'on puisse appeler plaisir ou peine. Mais la perception ou la connaissance de l'étendue , de la forme, etc., contient deux élémwils, dont Tun est intérieur, c'est la connaissance, et l'autre extérieur, c'est l'étendue, la forme, etc. L'âme identifie avec elle la jouissance , la souffrance et la connaissance ; elle dit je jouis , je souffre , je connais ; mais elle ne peut identifier avec elle la forme et l'étendue. La sensation n'est donc pas une pure modification de l'âme.
Secondement, si la sensation était une pure modification de l'âme , si l'âme pouvait identifier avec elle la forme et l'étendue comme une pure idée, comme l'idée d'un rêve, par exemple, l'âme ne connaîtrait qu'elle-même, elle n'aurait l'idée de rien d'extérieur. — Mais elle saurait, direz- vous, qu'elle ne s'est pas donné telle ou telle modification. — Elle n'en pourrait conclure que cette modification lui vient du dehors ou d'un autre être qu'elle-même, puisqu'elle n'en connaîtrait pas d'autre. Elle supposerait sans doute qu'elle se serait donné