‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 70 sur 318 · Voy. même volume, p · texte numérisé non relu

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cette modification à son insu. Ainsi la notion que tout effet doit avoir une cause, ou ce qu'on appelle en philosophie le principe de causalité^ ne peut faire qu'un être, qui se sait seul au monde, en imagine un autre que lui, mais seulement qu'il accuse sa conscience de le tromper, et nous verrons que la conscience ne nous atteste pas toutes nos actions ^ Lorsque je me connais et que je connais mes seml)lables et Dieu , ce que je ne fais pas moi-même, je puis l'imputer à Dieu ou à mes semblables ; mais si je ne connais que moi au monde , le principe de causalité ne s'appliquera jamais qu'à moi : il est incapable de me fournir l'idée d'une autre existence.

Troisièmement , cette doctrine ne nous donnerait pas le moyen de distinguer entre nos perceptions et nos conceptions. L'idée de retendue serait , dit-on , une modification de mon âme, dont je chercherais la cause hors de moi ; mais je ne suis pas plus la cause de l'idée de l'étendue , quand elle me vient à rétat de conception ou de souvenir involontaire que quand elle me vient à Tétat de perception. Quelquefois un souvenir me poursuit quoi que je fasse; je devrais donc, d'après la théorie , croire présent l'objet de ce souvenir, puisque ce n'est pas moi qui me donne ce souvenir, et que le principe de causalité me force, dit-on, à placer hors de moi la cause des modifications que je ne me suis pas données moi-même.

On a dit encore que la distinction entre nos perceptions et nos conceptions vient de ce que nous pouvons changer l'ordre des secondes et non l'ordre des premières. Lorsque vous vous représentez un arbre , dit-<on, vous pouvez , si vous le voulez , mettre les racines en haut et les branches en bas ; mais, quand vous le percevez , vous êtes obligé de voir chaque chose à sa place. Cette liberté qui vous manque vous avertit qu'il y a là quelque chose hors de vous qui vous domine. Nous répondrons qu'il y a certains courants de nos pensées qui nous entraînent, dont nous ne pouvons changer l'ordre, et que nous ne les prenons cependant pas pour des objets de perception. Essayez de lire de mémoire, à rebours de l'ordre ordinaire, les noms des

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