‹ Traité des facultés de l'ame (volume 2)Chapitre 7 sur 318 · Voy. plus haut, 1. 1*% p · texte numérisé non relu

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LES PERCEPTIONS OU U PaBMiiltE PÀHTiS DES CONNAISSANCES. 15

gers et revient des corps étrangers au nôtre, nous sentons une grande différence. Sur les corps étrangers la perception est «impie, sur notre corps la perception est double et réciproque. En même temps, par exemple, que par la main droite nous touchons le bras gauche, par le bras gauche nous touchons la main droite ; nous touchons et sentons que nous sommes tou«chés. Le toucher est le seul sens qui donne cette double per<ception. Une fois que, parmi les choses tangibles, le toucher en a distingué et circonscrit une qui jouit de ce privilège , nous remarquons que certaines parties de cette chose tangible sont les instruments de la vue, de l'ouïe, de Todorat, du goût et de la faculté motrice. Les corps sont définis par quelques personnes : <« ce qui tombe sous la prise des sens extérieurs; •» les sens extérieurs sont à leur tour définis : « les facultés qui s'exercent par notre corps, » et notre corps est circonscrit pour nous par la perception double et réciproque du toucher : on doit donc reconn^lre que le toucher est la source de la notion de corps. En résumé , nous appelons corporel ou matériel : 1^ ce qui est tangible, ou ce qui le serait à des organes plus fins que les nôtres ; i"" ce qui est associé à l'étendue tangible, comme la couleur, le son, l'odeur et la saveur ; S*" ce qui est perçu par nos organes qui sont eux-mêmes tangibles.

S 3. PfrespUons du toucher.

La tangibiUté étant la base de ce que nous appelons Ja maté^ fialiUt c'est par le toucher que nous devons commencer h traiter des sens extérieurs ou de la perception des cho^s ma* térielles.

Le tow^er n'est pas susceptible de définition. Toute défini» lion décompo^ : Tapte du toucher est un acte simple, indécomposal^le; mais il n'a pas besoin d'être défini , tout Je monde entend ce que veulent dire les mots de tact, toucher et tangible.

Le toucher nous fait connaître l'étendue tangible. Nous disons Yétendue tangible, car il est impossible de toucher ce qui

n'est pas étendu. L'étendue tangible est tout aussi indéfinissable que le toucher. La tangibilité est continue : Yoilà tout ce que nous pouvons dire. Les physiciens supposent que cette tangibilité continue est causée par des parties discontinues dans la nature ; mais s'ils expliquent par cette hypothèse la dilatation et la contraction des corps, ils n'expliquent pas la continuité du tangible. Peut-être pour expliquer la contraction et la dilatation, pourraient-ils recourir à une autre hypothèse, à celle d'une force qui, suivant certaines influences, remplirait de son action un plus ou moins grand espace. Quoi qu'il en soit, laissons les hypothèses, qui sont le fruit de l'induction S et tenons-nous-en à nos perceptions certaines , qui nous révèlent une tangibilité continue. Le toucher est répandu sur toute la surface de notre corps, et quelquefois il se manifeste dans les tissus intérieurs. La main est Torgane le plus mobile, le plus flexible en tous sens, le plus habile à se plier à toutes les formes des corps ; elle est donc le principal instrument du toucher.

Le toucher, par la flexibilité de la main, nous donne immédiatement la connaissance de la forme des corps de petite dimension, que la main peut embrasser. Quelques personnes pourraient croire que la vue seule donne la connaissance de la forme ; mais pour bien séparer les perceptions du toucher de celles de la vue, il faut observer les perceptions tactiles de l'aveugle. Celui-ci connaît la forme des corps : Bayle fait mention d'un sculpteur aveugle, nommé Ganibasius, qui prenait connaissance des traits du visage par le toucher, et qui fit des statues fort ressemblantes du grand-duc de Toscane, Cosme P% et du pape Urbain VIII *.

Lorsque la grandeur du corps étranger dépasse celle de la main , il faut la superposer plusieurs fois sur ce corps , en observant les mouvements, les flexions qu'on imprime à l'organe, et, par conséquent, il faut joindre au toucher le secours de la mémoire.

1. Voy. plus loin, même livre, sect. m, chap. i". ?, Voy. 1. 1", p. 356.

LES P£RCEFTiONt> OU LA PREUIÂRE PARTIE DES CONNAISSANCES. 17

C'est par la réunion du toucher et de la mémoire que nous percevons 1^ la pluralité des corps, formée par une solution de continuité entre une étendue tangible et une autre, 2«leur grandeur comparée, S"" leur augmentation et leur diminution. L'étendue est une qualité absolue dans les corps ; la grandeur est une qualité relative. Un corps existant seul dans Tespace serait encore étendu, mais il ne serait ni grand ni petit, car il ne pourrait se comparer à aucun autre. Le toucher, aidé de la mémoire, nous fait connaître aussi la position^relative des corps, leur distance et leur mouvement. Mais la notion de la position des corps se ramène à celle de la forme, car la forme n'est que la position respective des parties qui limitent un corps. Il n'y a de diCTérence entre la position et la forme des corps que la solution de continuité. La notion de distance est une notion d'étendue, et la notion du mouvement rentre dans celle de la position, puisque le mouvement n'est qu'un changement de position. Les éléments fondamentaux perçus par le toucher se réduisent donc jusqu'à présent pour nous à rétendue et à la forme. Il faut y joindre le froid et le chaud ou la température.

La notion de l'étendue et de la position des corps se rapporte à la notion de l'étendue et de la position des parties de notre corps. Nous avons mesuré d'abord l'étendue des corps par la brasse, raune% la coudée, la main", le doigt, le pouce, le pied, le pas, l'enjambée. Les parties de notre corps étant diversement situées dans l'espace, nous avons nommé l'une la droite, l'autre la gauche, celle-ci le haut , celle-là le bas, l'avant, l'arrière, etc., et nous avons dit que les corps, suivant leurs relations avec notre propre corps, sont à droite, à gauche, en haut, en bas, en avant, en arrière.

La température que nous percevons n'est pas une température absolue, mais seulement la différence entre la température de nos organes et la température des corps extérieurs. Voilà pourquoi le même corps peut être froid pour l'une dé

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