Voy. plus loin, même livre, sect. ii, chap. ii
LES PERCEPTIONS OU LA PREMIÈHE PARTIE DES CONNAISSANCES. ItS
différences qu'on supposai l dans la perception des unes et des autres, on a cru pouvoir les distinguer en elles-mêmes, ou, conmie on le dit en philosophie, sous le rapport ontologique. Voici les oppositions qu'on a établies de ce nouveau point de vue :
1*» Les qualités premières sont essentielles h la matière.
2* Les qualités premières ne supposent pas les secondes, tandis que les secondes supposent les premières.
3° Les qualités premières sont absolues ; elles existeraient lors même que nous n'existerions pas; les qualités secondes sont relatives, elles supposent Texislence de Vàme qui les perçoit.
Examinons ces nouvelles oppositions. Premièrement, Ter tendue, la figure, le mouvement, le nombre, la divisibilité et la soUdité sont essentiels à la matière ; la tangibilité , le froid et le chaud, la couleur, le son, Todeur et la saveur ne lui sont pas essentiels. Cela veut dire que Ton ne peut concevoir la matière sans les qualités premières, et qu'on peut la concevoir sans les secondes. Cependant rien n'empèclie de concevoir une matière infinie, immobile et indivisible, en ce sens que sa cohésion fût telle que rien ne pût en séparer les parties : dans ce cas, la matière n'aurait ni la forme, ni la divisibilité, ni le nombre, ni le mouvement. C'est ce qu'a fait remarquer M. Royer-Collard, et, dans l'opinion de ce philosophe, il ne resterait d'essentiel à la matière que l'étendue et la solidité*. Hais doit-on faire même cette concession? Si par solidité on entend la qualité par laquelle les corps solides se distinguent des corps liquides et fluides, il est trop évident que celle qualité n'est pas essentielle à la matière. Si l'on entend par solidité l'impénétrabilité^ loin que la molécule impénétrable soit essentielle à la matière, quelques physiciens et Leibniz enlre autres, expliquent les phénomènes physiques par l'action de certaines forces simples, qui agissent dans des limites variables et qui par conséquent sont pénétrables les unes aux autres. 11 ne reste donc que l'étendue qui soit essentielle à la matière. Mais
1. Fragments philosophiques ^ à la suite des œuvres de Reid, (rad. franc., t. m, p. 428.