Voy. plus haut, p
corps. Quand ils opposent le corps et son apparence, ils veulent parler de l'étendue tangible et de l'étendue de la couleur. La Providence a voulu sans doute que nous fussions plus occupés des qualités tactiles, parce qu'elles ont plus d'importance pour notre vie. Aristote a fait observer que le toucher est le seul sens dont la privation détermine la fin de la vie ; que la couleur, le son, l'odeur, la saveur peuvent blesser et détruire même l'organe qui leur est approprié , mais qu'elles ne détruisent pas l'existence , et que les objets tangibles seuls donnent la mort^ Mais celte prééminence des qualités tangibles n'est pas une raison pour que les philosophes se laissent entraîner dans un mépris irréfléchi des autres qualités, et aillent jusqu'à leur refuser toute réahté extérieure.
§ 14. Les objets de la percepUon ne sont pas seulement les moditications de
notre propre corps.
Quelques personnes considérant que nous ne connaissons pas les qualités absolues des corps, et que nous prenons quelquefois pour des phénomènes extérieurs ceux qui se passent dans nos orgaues, comme par exemple, le tintement de l'oreille, pensent que l'âme ne perçoit que son propre corps diversement modifié parles objets extérieurs. Cette doctrine est fort différente de celle qui enseigne que l'âme ne perçoit qu'elle-même et ses propres modifications, et qui conduit à la négation du monde externe '. Ici l'esprit connaît autre chose que lui-même, c'est-à-dire un corps diversement modifié. L'âme sait directement que ce corps n'est pas elle ; elle dislingue les phénomènes qui se passent dans ce corps d'avec les phénomènes qui se passent en elle même. Mais comment dans celle théorie s'explique-t-on qu'elle connaisse d'autres corps que le sien. Dira-t-on que l'âme, sachant qu'elle n'a pas donné à son corps les modifications qu'elle y observe, place au dehors la cause de ces modifications, et qu'elle perçoit ainsi les objets distincts