Voy. plus haut, p. 95 et suiv
de son corps. Mais si elle ne connaît que son corps, qui peut lui donner l'idée d'autre chose, d'un dehors, d'une force extérieure à ce corps? Nous avons déjà vu que le principe de causalité ne peut faire sortir l'âme d'elle-même : il ne pourrait davantage lui faire dépasser la limite de son corps. Un être étant donné, le principe de causalité peut nous amener à penser qu'il est la cause de tous les effets que nous ne produisons pas nous-mêmes, mais le principe de causalité ne peut le créer à nos yeux. Il faut donc admettre que l'âme connaît directement son corps et le corps étranger comme distincts ; nous avons vu qu'elle commence môme par connaître les corps étrangers, et qu'elle ne distingue le sien d'avec les autres que par la perception réciproque du toucher *.
Comment arrive-t-elle à discerner des phénomènes véritablement extérieurs ceux qui se passent dans ses propres organes, par exemple du son extérieur le tintement de l'oreille, de la lumière étrangère les couleurs qui se produisent dans l'organe de la vue, de l'étendue tangible externe ces pressions que la maladie lui fait quelquefois sentir sur les tissus qui recouvrent le corps humain? Elle fait cette découverte comme elle découvre que les phénomènes ont lieu dans tel ou tel corps étranger. Lorsque Tâme entend un son, elle sait directement de quel côté ce son lui arrive, mais non pas de quel corps particulier il émane. Si, par exemple, plusieurs horloges sont placées du même côté, et qu'elles aient le môme son, pour connaître celle qui sonne en ce moment, nous nous approcherons et nous remarquerons en quel endroit le son augmente à notre approche. Si l'âme ne découvre aucun corps étranger à l'approche ou à l'éloignement duquel le son augmente ou diminue, elle jugera que le son émane de l'organe même. C'est par un moyen semblable qu'elle s'aperçoit qu'une couleur est dans l'organe de la vue, et qu'une pression est dans les tissus qui enveloppent le corps humain.
Les causes étrangères qui agissent sur notre corps sont multiples et diverses ; elles diffèrent par leur nature et non pas