RECONNAISSANCE
$ 1. DES OBJECTIONS CONTRE l'EIISTENCE DE LA CONSCIENCE.— § 2. LA CONSCIENCE EST UNE FACULTÉ SPÉCIALE ET NON LE MODE INSÉPARABLE DE TOUTES LES FA- CULTÉS. — § 3. PERCEPTION DES PHÉNOMÈNES MULTIPLES DE lVmE ET DE SON UNITÉ. — § 4. PERCEPTION DE NOTRE POUVOIR. ORIGINE DE l'IDÉE DE CAUSE. — S 6. LA PERCEPTION DE LA MÉMOIRE OU LA RECONNAISSANCE. PERCEPTION DE NOTRE IDENTITÉ OU DE NOTRE DURÉE. — § 6. PERCEPTION DE NOTRE EXISTENCE SUBSTANTIELLE.
§ l**. Des objections contre Texistence de la conscience.
La conscience est la faculté par laquelle rame se perçoit elle-même. Si l'âme ne se percevait pas, le mot moi n'aurait pas été créé. Ce mot exprime une intelligence qui se saisit elle-même. Le moi est donc l'âme se percevant ou se connais- >-: sant; tant que l'âme existe sans se connaître, elle n'est pas encore le moi.
C'est la conscience qui révèle à l'âme l'action de toutes les autres facultés. L'existence de la conscience a toutefois élé contestée. Platon s'est chargé de recueillir les objections qu'on élevait dès la plus haute antiquité contre la possibilité de la connaissance de l'esprit par lui-même , et il les résume ainsi. «« Pour chaque science on peut indiquer un objet distinct de Ja science elle- même : ainsi l'arithmétique est la connaissance du nombre pair et du nombre impair, dans leur rapport l'un avec l'autre et avec le reste des choses; la slalique est la connaissance du poids; mais quel est le produit de la science de soi-même? Dira-1-on qu'elle est la science des autres sciences et d'ellemême? Mais si elle est la science de la- science elle est donc aussi la science de l'ignorance? La vue peut-elle voir les autres vues et se voir elle-même, et voir la cécité? l'ouïe s'entendelle? le désir se désire-t-il? Existc-t-il une croyance qui soit
LES PERCEPTIONS OU lA PREMIÈRE PARTIE DES CONNAISSANCES. 112
la croyance d'elle-même et /des autres croyances? Comment donc disons-nous qu'il y a une science qui est la science d'ellemême et des autres sciences ? Pour que la vue pût se voir il faudrait qu'elle eût une couleur ; pour que l'âme pût s'entendre il faudrait qu'elle eût une voix. Le mouvement ne peut se mouvoir lui-même, ni la chaleur se brûler K »
Platon ne s'occupe pas de résoudre ces objections; voici, selon nous, les réponses qu'on y peut faire. La vue étant l'esprit lui-même n'a pas de couleur, et c'est précisément pour cela que l'esprit voit les objets extérieurs et ne se voit pas. Les philosophes n'ont pas employé d'expressions rigoureuses quand ils ont dit que l'esprit voit ou sent ses opérations. La vue ne s'applique qu'aux objets colorés, le sentiment implique le plaisir ou la peine, et même lorsqu'il est vif il devient une sensation, c'est-à-dire qu'il affecte une partie de notre corps qui semble en être le siège ou l'organe '. La connaissance que nous avons de nos pensées n'est pas une vue; elle n'est pas non plusliécessairement accompagnée de peine ou de plaisir et ne se fait sentir dans aucune partie de notre corps; elle n'est donc pas un sentiment, et encore moins une sensation. Elle est une connaissance qui n'a pas besoin de l'intermédiaire des organes du corps. Nous savons que nous pensons et nous pouvons distinguer nos pensées les unes des autres, mais nous ne les voyons ni ne les sentons,
n suffit d'une observation très-superficielle pour nous convaincre que nous avons la connaissance directe d'une grande partie des actes de notre esprit. Si je perçois des objets que je distingue de moi-même, j'en perçois d'autres qui s'identifient avec moi. Que signifient les mots perception, conception, souvenir, rcve, jugement, raisonnement? N'expriment-ils pas des actes qui sont connus par celui même qui les accomplit? L'objet observé n'est-il pas identique avec l'observateur? A chaque instant on m'interroge sur les actes de ma pensée : on
1. Charmide, édit.H. Ë.,l. Il, p. 1G6 et suiv.; édit. Taiich., l. IV, p. 88 et suivanles.